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    Le complexe portuaire d'Ostie

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    تاريخ التسجيل : 18/11/2009

    Le complexe portuaire d'Ostie

    مُساهمة من طرف Admin في الجمعة أغسطس 15, 2014 6:12 am

    Le complexe portuaire d'Ostie[left
    ]
    La ville d'Ostie fut fondée vers 340 avant Jésus-Christ. Placée à l'embouchure du Tibre, à environ 35,5 km de Rome, Ostie jouissait d'une position favorable en contrôlant l'entrée du fleuve qui permettait de relier Rome à la mer Tyrrhénienne. Sa situation était d'autant plus avantageuse qu'à l'inverse des autres fleuves méditerranéens, le Tibre bénéficiait d'une régularité étonnante lui permettant d'être navigable toute l'année. Cependant, la première colonie de Rome fut construite sur un delta, situation toujours préjudiciable pour un port: ce dernier, à long terme, était voué à l'ensablement. Les eaux jaunes du Tibre, chargées en alluvions, allaient se jeter dans la mer en formant une "côte alluviale, plate et marécageuse". C'est pour cela que les ruines d'Ostie sont entourées de champs et situées à 4 km de la mer; le delta a, au cours des siècles, lentement avancé.
    Bien que les ruines soient aujourd'hui au milieu des terres, Ostie était au Haut-Empire une ville côtière. La mer venait lécher les habitations longeant la côte, en particulier les constructions de la région III et celles situées en dehors de la muraille syllanienne, au-delà de la Porte Marine. Au contact des eaux du Tibre et de la mer s'était formée une barre subaquatique, c'est-à-dire un amas de sable qui barrait l'entrée du port. Le fleuve, chargé en troubles, perdait de la vitesse en pénétrant dans la mer et déposait ses alluvions à l'embouchure du Tibre. Celle-ci est aujourd'hui large de 130m et la barre subaquatique est souvent recouverte par moins d'un mètre d'eau pour la Fiumara (et 1,70m pour le Fiumicino). Par conséquent, la situation favorable d'Ostie n'existait qu'en apparence. L'accès maritime du fleuve, pour les navires de fort tonnage, était délicat e dangereux.
    Les navires jaugeant moins de 3000 amphores, soit environ 9.000 modii, pouvaient passer la barre sans trop de difficultés. Au dessus de cette jauge, les embarcations étaient allégées pour pouvoir franchir le seuil. Des gabares prenaient une partie de leur cargaison diminuant ainsi le tirant d'eau des naves onerariae. En outre, les périodes favorables à la navigation fluviale s'opposaient aux périodes de navigation maritime. Les basses eaux du fleuve avaient lieu de juin à décembre et c'est précisément durant ces mois que le gros des navires de mer touchait Ostie.
    Au début du Haut-Empire, Ostie ne connut pas le développement que sa situation géographique lui conférait. Les Romains préférèrent utiliser le port de Pouzzoles, situé en baie de Naples à 245 km de là. Celui-ci présentait des conditions d'accueil et de protection des navires bien meilleures. Ostie ne devint premier port d'Empire que grâce à la volonté impériale. En particulier celle des empereurs Claude et Trajan qui surent passer outre les insuffisances naturelles, afin de tirer pleinement partie de la situation géographique de la colonie. Le bon approvisionnement de Rome en dépendait.
    Le Portus
    Le fait que Rome n'ait pas un port digne d'une capitale d'Empire ne pouvait satisfaire les empereurs. Pouzzoles était loin de Rome et l'annone devait gagner l'Urbs par voie terrestre en empruntant la via Appia ou par cabotage le long des côtes italiennes. A n'en pas douter, les différentes manutentions nécessaires pour effectuer le voyage Pouzzoles-Rome ou Pouzzoles-Ostie étaient coûteuses et entraînaient des pertes de temps et de grains. D'autant que les côtes italiennes entre Naples et Rome étaient dangereuses. Les navires étaient souvent drossés à la côte par les vents d'ouest et aucuns mouillages sûrs n'existaient sur ces rivages. La nécessité de créer un nouveau port près de Rome n'avait pourtant pas échappé à César, mais la difficulté de l'ouvrage l'y avait fait renoncer. Il fallut attendre le règne de l'empereur Claude, et l'existence de conditions annonaires particulièrement préoccupantes, pour que ce projet prenne forme. Au dire de Sénèque, à la mort de Caligula, il ne restait plus que "sept jours de vivres, huit au plus". Suétone révèle que Claude, lors d'une disette, avait été accueilli sur le forum par une avalanche de morceaux de pain. Seule l'intervention d'hommes armés et l'existence d'une porte dérobée lui avait permis d'échapper à la multitude en colère. Et Dion Cassius d'affirmer:
    "Une grande famine étant survenue, l'empereur avisa aux moyens d'avoir non seulement dans le présent, mais aussi pour toujours dans l'avenir, des vivres en abondance... Claude comprenant ces difficultés, entreprit de construire un port"
    Ainsi en 42 après Jésus-Christ, immédiatement après son accession au pouvoir, les travaux du port de Claude débutèrent. Ils furent achevés, en partie, douze années plus tard, en 54. Claude allait ainsi doter Rome de son premier port véritable.
    Le port de Claude
    Ignorant l'énormité de la tâche et l'avis défavorable des architectes, Claude entreprit de construire un port situé à 4 km au nord d'Ostie. C'est seulement dans les années 1958-1960, lors des découvertes archéologiques provoquées par la construction de l'aéroport international de Rome, Leonardo da Vinci, que l'on comprit mieux son élaboration. Les ingénieurs utilisèrent une lagune en formation pour créer un bassin artificiel de 90 ha de surface et de 4 à 5 m de profondeur. A l'ouest, un cordon sablonneux constitua une protection naturelle contre l'Auster. On barra l'entrée du bassin par une immense digue de 758 m de long et 3 m de large touchant l'extrémité du lido. Les navires entraient dans le port par un passage de 206 m, ménagé entre la digue et un môle, le monte Giulio, reposant au nord-est sur la terre ferme. Ce môle mesurait 600 m de long et 12 m de large. Il était recouvert de quais de 3 à 5 m de large, pavés de tuf, et possédait des marches. Comme le révèle Suétone, le port avait une forme à peu près circulaire. Des débarcadères et des horrea furent installés sur les deux bras du port, en vue de faciliter le déchargement et le stockage des marchandises.
    Les fouilles archéologiques sont venues confirmer le témoignage des auteurs anciens. Au bout de la grande digue avait bien été érigé un phare pour, la nuit, guider les navires. Semblable à celui du port d'Alexandrie, d'une hauteur prodigieuse, il avait comme fondation la mirabilis navis utilisé par Caligula pour ramener d'Egypte l'obélisque du Vatican. Les ingénieurs de Claude coulèrent le navire et l'utilisèrent comme batardeau afin d'asseoir les fondations du phare. Le monte dell'Arena les laisse aujourd'hui deviner. En fait, le phare ne devait pas initialement être contigu à la digue. Situé sur une île, il existait deux passes de part et d'autre. Mais l'espace entre la digue et le phare fut rapidement comblé par l'immersion de quatre navires qui formèrent de nouveaux quais. Se fondant sur le volume de matériaux qu'il a fallu extraire, M. K. et H. L. Thornton estiment que les travaux du port de Claude ont nécessité le travail de 30.000 ouvriers et 1.000 paires de boeufs pendant 20 ans. Le port frappait tant les esprits, que sa construction devint un exercice de rhétorique. "Peut-on construire un tel port?" demandait le maître à ses élèves. Et Juvénal d'affirmer :
    "Oui, les ports qu'a créés la nature méritent moins d'admiration"
    L'implantation du port de Claude au nord d'Ostie n'a cessé d'étonner les historiens. Cette localisation était particulièrement défavorable. Un courant côtier SE/NW chassait les alluvions du Tibre vers le nord, ce qui, à long terme, vouait le port à l'ensablement. Toutefois, ce n'est pas la méconnaissance des atterrissements du fleuve qui poussa les ingénieurs de Claude à choisir un emplacement si aberrant (en apparence). Les Anciens avaient très tôt constaté l'ensablement des ports construits sur les deltas et auraient donc facilement fait le rapprochement avec le Tibre si la situation avait été comparable. Or, à cette époque, l'avancée du delta était imperceptible. Les ingénieurs romains pouvaient établir le port aussi bien au sud qu'au nord d'Ostie. J. Carcopino avançait que ce dernier n'avait pu être installé au sud d'Ostie car la région était occupée par des villas aristocratiques dont il "eut fallu payer très cher l'achat à l'amiable et que la loi romaine n'autorisait pas à exproprier". Selon J. Le Gall, cette hypothèse n'est pas solide. Claude n'aurait certainement éprouvé aucune difficulté à contourner les lois si l'approvisionnement de Rome en avait dépendu. En revanche, nous remarquons qu'il était plus facile de relier le nouveau port au Tibre en le construisant au nord. A l'inverse, une construction au sud aurait nécessité de creuser un canal s'enfonçant loin dans les terres, contournant Ostie pour finalement aboutir à l'antico corso del Tevere: le Fiume Morto.
    Pour faciliter le transfert des marchandises vers Rome, Claude creusa deux canaux, dont le plus large relia le port au Tibre. C'est l'actuel Fiumicino. Les marchandises étaient embarquées sur des naves amnales et halées par des hommes jusqu'à l'emporium de Rome. Ce canal semble avoir été achevé en 46 après Jésus-Christ.
    La titulature de l'empereur Claude révèle que l'inscription date de 46 après Jésus-Christ. Les dernières lignes indiquent que:
    "Profitant des travaux du port, il [Claude] délivra la Ville du péril de l'inondation en conduisant des canaux depuis le Tibre et en les faisant déboucher dans la mer"
    Les ingénieurs de l'époque pensèrent qu'en créant une deuxième issue pour le fleuve, ce dernier allait mieux s'écouler et mettre un terme aux inondations chroniques dont souffrait Rome. Ce ne fut pas le cas, comme l'a montré l'inondation de 69 après Jésus-Christ.
    Les travaux du port de Claude durèrent de 42 à 52 après Jésus-Christ, mais le complexe ne fut totalement achevé que sous Néron, vers 64-66. De ces années datent des monnaies représentant le port de Claude (fig. 4). Sur ces dernières, nous discernons bien deux jetées circulaires, avec en haut, au centre du sesterce, le phare d'Ostie surmonté d'une statue de Claude ou de Néron. Au bas de la pièce figure un dieu (Neptune?) tenant une rame ou un gouvernail dans une main et un dauphin dans l'autre. Sur la jetée de gauche sont représentés des horrea ou peut-être des portiques avec, à leur extrémité, un temple. Le môle de droite est flanqué de constructions plus difficiles à identifier. Elles représentent peut-être des portiques que les fouilles archéologiques ont permis de retrouver sur le monte Giulio. Au centre du bassin, trois naves onerariae ont cargué les voiles. Deux lenunculi parcourent également le lac intérieur alors qu'un navire de commerce entre au port, les voiles gonflées par un vent de nord-ouest. A droite du phare, les multiples rameurs d'un navire de guerre s'activent pour gagner la haute mer.
    Ces sesterces furent émis par les ateliers de Rome et de Lugdunum (Lyon) peut-être pour commémorer le rôle joué par Ostie dans le sauvetage de l'Urbs après le terrible incendie de 64. Cependant avec R. Meiggs, nous pouvons penser qu'ils célébraient plutôt l'achèvement des travaux du nouveau port de Rome. Par ailleurs, notons que bien avant la fin du chantier, le port était en activité. Puisque Tacite nous dit qu'en 62 après Jésus-Christ, une tempête envoya par le fond 200 navires. Sur l'arc supérieur des monnaies, nous pouvons lire AUGUSTI, et sur l'arc inférieur S POR OST C]. Par un senatus consulte, le port fut nommé Portus Augusti Ostiensis, bien qu'il eut été plus honnête de l'appeler Portus Claudii[, puisque Néron n'avait fait qu'achever les travaux entrepris par Claude. Cependant, même sous Claude, le procurateur affranchi de l'annone Claudius Optatus portait le titre de procurator portus Ostie(n)sis. Nous savons grâce à Suétone, que Claude supprima le quaestor Ostiensis en 44 après Jésus-Christ et qu'un procurateur affranchi le remplaça. Claudius Optatus fut-il le premier procurateur d'Ostie? Nous ne pouvons le dire, mais nous voyons que (au minimum) deux ans après le début des travaux, le procurateur ne prit nullement le qualificatif de Portus Claudii. Dans un tout autre domaine, remarquons également que pour assurer un solide approvisionnement de Rome, la politique de Claude visa autant l'amélioration de l'infrastructure portuaire que la mise en place d'un personnel administratif approprié.
    Le port montra très vite ses limites. Il était vaste et mal abrité des vents violents. Tacite nous indique que près de 200 navires furent "dans le port même" submergés par une tempête. Sans doute commença-t-il à s'ensabler. En outre, bien que cela soit risqué, un grand nombre de navires avaient la possibilité de mouiller au centre du bassin, mais les quais ne pouvaient accueillir que 250 bateaux amarrés obliquement, la proue en avant. Le port de Rome ne pouvait pas par conséquent abriter l'ensemble des navires de l'annone. C'est pourquoi, sans doute, Pouzzoles continuait de recevoir les imposants naves de la classis Alexandrina. Face à cette situation, Trajan décida de réellement centraliser le commerce maritime de la Capitale en offrant à Rome un nouveau port.
    2) Le Portus Traiani (fig. 2)
    Les travaux du port de Trajan durèrent de 100 à 112 après Jésus-Christ. Un nouveau bassin hexagonal de 357, 77 m de côté fut creusé au sud-est du Portus Augusti. Le bassin couvrait 32 ha et était profond de 5 m. Situé à l'intérieur des terres, il assurait aux bateaux un havre sûr. Les môles entourant le plan d'eau étaient couverts d'un ensemble de quais de 6 m de large et totalisaient plus de 2000 m de longueur. Derrières ces quais furent bâtis des horrea permettant d'augmenter les anciennes capacités de stockage de Rome. Les sols de ces magasins étaient surélevés et des rampes permettaient d'accéder aux étages supérieurs. Marc-Aurèle en construisit de nouveaux et, à l'entrée du port de Trajan, Septime Sévère bâtit un vaste horrea en brique ayant une portion centrale de 190 m de long à laquelle il fallait ajouter deux ailes perpendiculaires.
    J. Carcopino a relevé la trace de colonnes de travertin faisant office de bittes d'amarrage et sur lesquelles figuraient un chiffre. Afin d'organiser le trafic portuaire, la capitainerie du port devait attribuer pour chaque bateau entrant un numéro de débarcadère. Par capitainerie du port, il faut entendre l'administration chargée de la surveillance du complexe portuaire d'Ostie et plus précisément de "la réglementation de l'accostage dans les bassins du port". Au nord-est du Portus Traiani, les fouilles archéologiques ont mis à jour un bâtiment administratif appelé "palais impérial" datant de l'époque de Claude. J. Carcopino pense qu'il abritait le siège de cette administration.Un rempart, situé à 6 m du bord des quais, entre la mer et les horrea, courait tout le long du port. Percé de cinq portes, il put faire office de mur d'octroi. Malheureusement sa date reste incertaine.
    Le port de Claude était relié au Portus Augusti par un ensemble compliqué de darses qui obligeaient les navires à se faire remorquer. Les bateaux de haute mer doublaient le phare, pénétraient dans le bassin de Claude et, s'il y avait de la place, allaient accoster dans le port de Trajan. A l'entrée du canal reliant les deux ports, un second phare fut construit. Le port de Trajan était relié au Tibre par un canal rectiligne que l'on nomme fossa Traiana. Large de 40 m, il débouchait sur le fleuve à 3 km 300 en amont d'Ostie. Nous ne savons pas si la fossa Traiana empruntait exactement le tracé des canaux construits par Claude. Mais elle correspond aujourd'hui au Fiumicino. Ce canal se jetait directement dans la mer et non dans le nouveau port. En effet, pour limiter l'ensablement du bassin, les ingénieurs relièrent le port à la fossa Traiana par un étroit chenal de 20 m de large. De la sorte, les alluvions allaient directement à la mer, soit en empruntant la fossa Traiana, soit, préférentiellement, en suivant le cours de l'actuelle Fiumara. Malheureusement, en diminuant le débit du Tibre, la fossa Traiana favorisa l'atterrissement de son ancien estuaire. Redoutant que les troubles ne se déposent dans le Fiumicino, les ingénieurs de Trajan dallèrent le lit du canal en vue de faciliter son dragage. Enfin, notons que le complexe portuaire fut relié à Rome par la via Portuensis qui était bordée d'un aqueduc (époque de Trajan).
    Le port de Trajan fut nommé Portus Traiani Felicis, et l'ensemble des deux ports était communément appelé Portus Uterque, ou simplement le Portus. A l'origine ce n'était qu'un complexe portuaire visant à faciliter l'arrivée des navires. Mais une véritable ville s'y développa. Les fouilles ont mis à jour des temples dédiés à Liber Pater (époque de Commode), à Bacchus, un temple circulaire dit de Portumnus, des portiques, des marchés, des thermes, une caserne des vigiles... Cependant jusqu'à Constantin, le Portus resta un faubourg d'Ostie. Ce n'est que sous cet empereur qu'il acquit le titre de municipe. Désormais, le Portus était une cité indépendante (Civitas Flavia Constantiniana Portuensium).
    Ostie était séparée de son port par l'Isola Sacra, étroite bande de terre enfermée au sud par la Fiumara et au nord par le Fiumicino. Une route reliait la vieille ville au port. Elle devait être fréquentée par les habitants d'Ostie allant travailler au Portus ou par les marins venant chercher une auberge ou une distraction en ville. Par ailleurs, les Romains avaient l'habitude d'installer leurs morts à l'entrée des villes. On trouve ainsi des nécropoles le long de ce chemin: les habitants du Portus venaient y enterrer leurs défunts. Les plus anciennes sépultures remontent à l'époque de Trajan et d'Hadrien. Il semble également qu'il y ait eu, à partir des Sévères, un "Trastevere" commercial sur l'Isola Sacra(par analogie au Trastevere de Rome): des entrepôts et des édifices commerciaux se trouvaient sur la rive droite du Tibre, face à Ostie.
    L'ensemble des bassins et canaux du Portus couvrait quelques 1.300.000 m2, soit plus que la surface fortifiée d'Ostie. Cette dernière ne s'étendait que sur 780.000 m2. G. Rickman a établi que le Portus Trajani pouvait accueillir 200 navires (amarrés obliquement, la proue en avant), soit environ 10 m par navire. Un bateau de 240 tonnes (35.000modii) mesure grossièrement 10 m de large et 30 m de long. Le Portus Uterque pouvait ainsi permettre le déchargement de 450 navires simultanément. Nous ne comptabilisons pas les bateaux attendant au milieu des bassins. Cependant, G. Rickman signale que les navires pouvaient également être amarrés dans les darses et le chenal reliant le port de Claude au port de Trajan. Il arrive ainsi à 6000 m de quais. Contre toute attente, il conclut que le Portus Uterque pouvait accueillir, à quai, quelques 350 à 400 navires. Mais, si nous reprenons la valeur moyenne qu'il a utilisé pour le port de Claude ou de Trajan (10 m par navire), nous arrivons à 600 navires.
    Enfin, que nous prenions 400 ou 600 navires, ces chiffres semblent faibles par rapport aux 3430 navires de 10.000 modii indispensables au transport de l'annone de Rome sous Claude, et aux 4814 navires de 10.000 modii sous les Sévères. A plus forte raison, si l'on songe que ces bateaux arrivaient groupés comme c'était le cas pour l'Egypte et sur une période assez courte pour l'Afrique. D'autre part, n'oublions pas que le blé et l'huile ne représentaient qu'une partie du trafic portuaire d'Ostie. J. Le Gall avance le chiffre global de 12.000 entrées annuelles au Portus (en prenant comme référence des navires de 10.000 modii). Certes, les embarcations pouvaient jauger 50.000 modii, ce qui aurait diminué le nombre d'entrées au port. Mais ces navires possédaient une largeur supérieure. Le port pouvait par conséquent en accueillir un nombre plus limité. Enfin, même avec des navires de 50.000 modii, l'annone de Rome aurait tout de même nécessité, pour son transport, 706 navires sous Claude et 991 sous les Sévères!
    Finalement, si la réception et le stockage des produits annonaires n'était pas une "sinécure" pour le préfet et le procurateur de l'annone, l'organisation du trafic maritime à l'intérieur du Portus Uterque ne devait pas être, non plus, de tout repos. Toutefois, avant de nous enfoncer plus profondément dans les rouages de la "chaîne" du blé, il nous semble utile d'analyser la place que jouait Ostie parmi les autres ports de l'Empire (notamment de Pouzzoles). En nous penchant sur la politique portuaire des empereurs, nous comprendrons mieux l'évolution des liens existant entre Ostie et la préfecture de l'annone.
    Conclusion :
    Sans les besoins immodérés de Rome, le complexe portuaire des bouches du Tibre n'aurait jamais vu le jour. L'approvisionnement de Rome était sa raison d'être. Mais, parallèlement, comme l'atteste le déclin de la statio des Tyriens de Pouzzoles, Ostie devint très vite le premier port commercial de l'Empire; situation que lui conférait l'énormité du marché romain.
    L'essor d'Ostie fut intimement lié aux objectifs annonaires que lui avaient fixés les empereurs. La ville connut une première phase d'expansion après la création du port de Claude: construction de nouveaux entrepôts, comme les Grandi Horrea. Toutefois son "siècle d'or" débuta réellement après la construction du port de Trajan, "l'un des empereurs les plus populaires à Ostie". Cette vitalité se traduisit par l'érection ou la rénovation d'une série d'édifices dont la datation est attestée par les marques figurant sur les briques. La basilique, la curie sur le forum, quelques thermes, la transformation de la Porta Romana en arc monumental datent du règne de Trajan. De cette époque date également un grand nombre de constructions situées au nord-ouest d'Ostie, le long de la via della Foce].
    Par la suite, les empereurs portèrent toujours sur Ostie un regard bienveillant, que se soit les Antonins ou les Sévères. Il faut noter le rôle d'Hadrien (117-138) qui fut le grand rénovateur de la ville grâce à ses nouveaux plans d'urbanisme. C'est sous son règne que triomphent les insulae, l'équivalant de nos modernes H.L.M. D'une hauteur de trois ou quatre étages, leurs constructions répondirent certainement à l'accroissement de la population d'Ostie (estimée à 40.000 habitants. A l'instar du règne de ses prédécesseurs, la ville s'enrichit de thermes, comme ceux de Neptune, d'édifices religieux comme le capitole d'Ostie qui trône de toute sa hauteur au centre du forum, de magasins, d'édifices publics comme en 132 après Jésus-Christ la Caserne des Vigiles...
    En définitive, Ostie ne pût être ce qu'elle fût sans l'annone de Rome. Et, inversement, la préfecture de l'annone ne put aussi bien s'acquitter de sa tâche sans le rôle essentiel d'Ostie. Cependant, une infrastructure portuaire adaptée ne garantissait pas seule, le bon fonctionnement du ravitaillement. Le praefectus annonae avait également besoin à Ostie d'hommes et d'horrea capables de décharger et d'entreposer les denrées annonaires. En outre, Ostie était unie à la préfecture de l'annone parce qu'elle côtoyait la mer, mais sa destinée était aussi liée à l'approvisionnement de Rome par son voisinage avec le Tibre. Située sur les bords du fleuve, c'est elle qui distillait au gré des eaux fluviales les marchandises dont la Ville avait besoin.
    • Document utilisé comme source pour la rédaction de cet article : Julien Fourniol, thèse Sorbonne, Paris, 1998:[/left]

      الوقت/التاريخ الآن هو الثلاثاء سبتمبر 19, 2017 5:09 pm