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    Comment devient-on chef d'état en Algérie

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    Comment devient-on chef d'état en Algérie

    مُساهمة من طرف Admin في الأربعاء يوليو 17, 2013 12:00 pm

    Ali Kafi la «famille révolutionnaire» au pouvoir
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    le 17.07.13 | 10h00 Réagissez

     

    Le 2 juillet 1992, Ali Kafi, patron de l’ONM et membre du Haut-Comité d’Etat, succède à Boudiaf à la tête du HCE, tandis que Rédha Malek rejoint la présidence collégiale pour occuper le siège, désormais vacant, du défunt Si Tayeb El Watani.


    C’est peu dire que le nouveau locataire d’El Mouradia héritait du pouvoir au plus mauvais moment. A la crise politique induite par l’arrêt du processus électoral s’ajoutait l’affaire Boudiaf. Ali Kafi avait, décidément, beaucoup de pain sur la planche. Dans sa livraison du mois d’août 1992, Le Monde Diplomatique résume on ne peut mieux les termes de l’équation politico-économico-sécuritaire que doit résoudre le successeur de Boudiaf et son équipe : «L’élection à Alger de Ali Kafi à la présidence du Haut-Comité d’Etat et la nomination de Belaïd Abdesselam à la tête du gouvernement permettront-elles à l’oligarchie politico-militaire, qui contrôle le pays depuis trente ans, de se maintenir au pouvoir ? Eviteront-elles au régime de sombrer dans le chaos ? Avec le général Khaled Nezzar, ministre de la Défense et homme fort du pays, ces dirigeants constituent désormais un triumvirat de choc qui n’a pas droit à l’erreur et devra très vite réussir un triple pari : moraliser la vie publique, relancer l’économie et en finir avec le terrorisme des islamistes radicaux.»

    Grand échalas au physique imposant, à la voix éraillée et au tempérament jovial, réputé pour ses penchants épicuriens, Ali Kafi avait-il les épaules assez larges pour assumer une telle mission dans une conjoncture aussi délicate ? Ce qui est certain, c’est qu’il n’a jamais brigué la magistrature suprême. Lui qui a fait l’essentiel de sa carrière dans la diplomatie, il n’a jamais été un homme de pouvoir. Il semblerait que ce qui a joué en sa faveur fut surtout son statut d’ancien chef de la Wilaya II historique.

    Un point de son long CV qui a dû, en effet, peser dans la balance. S’il a été coopté, c’est surtout pour conférer un soupçon de légitimité historique à cet OVNI institutionnel qu’est le HCE, à défaut de légitimation par les urnes. En tant qu’ex-secrétaire général de la puissante Organisation nationale des moudjahidine, il incarnait, à lui seul, la caution apportée par la «famille révolutionnaire» au coup de force du 11 janvier 1992. Son collègue Khaled Nezzar citera, en outre, deux autres raisons qui ont motivé ce casting : selon lui, Ali Kafi a été choisi «d’abord parce qu’il parlait parfaitement l’arabe, c’est un ancien moudjahid et aussi le plus âgé de tous»(1).

    Dans ses Mémoires, le général Nezzar explique, par ailleurs, pourquoi il n’a pas postulé à la fonction suprême à la mort de Boudiaf, alors qu’il était le véritable chef d’orchestre de toute cette «révolution de palais» sciemment provoquée pour faire barrage au FIS.
    «Je ne pouvais, écrit-il, accepter de prendre les rênes de l’Etat, ni après la mort de Boudiaf ni après la fin du mandat du président Chadli, pour la simple raison que le président Boudiaf a été assassiné pendant l’exercice de ses fonctions par un militaire alors que j’étais ministre de la Défense. Occuper une telle fonction aurait conforté l’hypothèse du complot»(2)

    Un président «symbolique» ?

    Ali Kafi a ainsi la lourde tâche de remettre le «bateau Algérie» à flot, alors que le pays est pris dans une tornade. La liquidation physique de Boudiaf, en direct à la télévision, inaugurait symboliquement la «décennie rouge» (ou «décennie noire», même si cette formule, à l’origine, était usitée pour désigner les années Chadli). Dès le mois d’août, un terrible acte terroriste confirme la tendance qui se dessinait depuis le début des années 1990 (attaque de Guemmar, attentat de l’Amirauté, entre autres) : c’est le fameux attentat de l’aéroport du 26 août 1992 qui fera 9 morts et 128 blessés, selon le bilan officiel. La série noire des premiers assassinats ciblés (Djillali Liabès, Hafid Senhadri, Laâdi Flici, Tahar Djaout, Mahfoud Boucebci, M’hamed Boukhobza, pour ne citer qu’eux) achève de plonger le pays dans la terreur et le chaos.

    Outre cette déferlante meurtrière, le pays est confronté à une crise économique des plus aiguës. Les caisses de l’Etat sont vides, si bien que l’Algérie finit par tomber dans l’escarcelle du FMI et son impitoyable PAS (Plan d’ajustement structurel, 1994-1998). Mais quelle était réellement la marge de manœuvre du président Ali Kafi ? Force est de constater qu’au regard de l’architecture du HCE, ses pouvoirs étaient forcément limités. Techniquement, il était davantage dans la posture d’un chef d’Etat par intérim chargé essentiellement de mener le mandat interrompu du président Chadli à son terme.

    Celui-ci courait officiellement jusqu’au 22 décembre 1993. De là à dire qu’il n’avait qu’une fonction symbolique, il n’y a qu’un pas. Il y a fort à parier en tout cas que les grandes décisions se prenaient ailleurs, avant d’être entérinées par la présidence collégiale. Vu la conjoncture sécuritaire, la prééminence de l’establishment militaire n’a jamais été aussi prégnante. Le poids du «pouvoir réel», détenu par les généraux dits «janviéristes», écrasait fatalement le pouvoir civil. «Tout le monde savait que, depuis la disparition du président Boudiaf, ce HCE n’était plus qu’une chambre d’enregistrement et un organisme de promulgation formelle de décisions prises ailleurs», atteste l’ancien chef de gouvernement Bélaïd Abdesselam(3), nommé en remplacement de Sidi-Ahmed Ghozali quelques jours seulement après l’investiture de Ali Kafi.

    Et d’ajouter : «Bien des fois au cours de nos rencontres, le président Ali Kafi lui-même me disait que, lui comme moi, n’avions pas plus de valeur que des dessus de cheminée, du point de vue de la détention et de l’exercice du pouvoir réel, mais que, aussi, lui comme moi, nous travaillions à aider l’ANP dans l’accomplissement de la lourde tâche qu’elle s’était assignée, pour le salut de l’Etat et le redressement du pays.»(4)

    Dans La Mafia des généraux, Hichem Aboud abonde dans le même sens : «Ali Kafi s’est trouvé à la tête de l’Etat par ‘accident’. Il a terminé le mandat du Haut-Comité d’Etat, totalement effacé par la mafia qui se méfiait beaucoup de cet ancien colonel, chef de la Wilaya II (…) Il était interdit d’assemblée publique. Ses rares apparitions à la télévision étaient censurées sans ménagement.»(5)

    Négociations secrètes avec le FIS

    Il est pourtant au moins un dossier où Ali Kafi donnera toute la mesure de son habileté à imposer ses vues quand les circonstances l’exigent. C’est l’épisode des négociations secrètes avec les chouyoukh du FIS détenus à la prison militaire de Blida. Peu après sa nomination à la tête du ministère de la Défense à la place de Nezzar, Liamine Zeroual s’est rendu en décembre 1993 à Blida pour faire une offre de dialogue à Abassi Madani et Ali Benhadj et obtenir d’eux, en contrepartie, leur appui pour l’arrêt de l’effusion de sang. Ali Kafi révèlera par la suite qu’il était le véritable instigateur de ces tractations. «Du temps de Zeroual, j’étais partisan du dialogue, y compris avec des éléments du FIS. Il fallait ôter la couverture politique aux terroristes», avouera-t-il des années plus tard(6).

    Une initiative qui mettra Nezzar en rogne. «Quelle fut ma surprise d’apprendre que l’ex-président du Haut-Comité d’Etat admet être celui qui fut l’initiateur des contacts avec les responsables de l’ex-FIS emprisonnés à Blida par l’entremise du ministre de la Défense de l’époque», fulmine Nezzar dans une interview accordée à Al Charq Al Awsat en mars 2000 et largement reprise par la presse nationale. Et de confier, dans la foulée, qu’il avait toujours vu en Ali Kafi un baâthiste. Autre sujet de polémique : Ali Kafi a toujours clamé que c’est lui qui avait incité, en sa qualité d’ex-SG de l’ONM, les anciens moudjahidine à reprendre les armes pour faire la guerre au terrorisme.

    Ce que Nezzar dément formellement en déclarant : «C’est faux. C’est le général Mohamed Lamari qui a donné instruction aux chefs de région pour qu’ils sensibilisent les moudjahidine sur cette question. L’opération a été lancée par le général Djouadi, dès l’affaire de Guemmar.»(7) Parallèlement à la bataille sécuritaire qui prend des allures de guerre totale contre le terrorisme, avec son lot de bavures et de dépassements, entre exécutions sommaires, disparitions forcées et autres déportations vers les camps du Sud, le régime lance une vaste opération de marketing politique sous le slogan : «Dialogue sans exclusive». Il s’agissait de construire un large consensus autour d’une feuille de route pour sortir le pays de la crise. Pour cela, une Commission dite «du dialogue national» (CDN) est instituée le 14 octobre 1993. Elle est présidée par Youcef Khatib, l’ancien chef de la Wilaya IV. Abdelkader Bensalah, l’actuel président du Sénat, en est le porte-parole.

    Première passation de pouvoirs dans l’histoire

    La CDN est chargée de mener des consultations avec l’ensemble des partis politiques, y compris ceux de la mouvance islamiste favorables au dialogue, et de rédiger un avant-projet de plateforme sur la gestion de la période transitoire. Ce texte sera ensuite soumis à débat lors de la Conférence du dialogue national. En sous-texte, le but de cette opération est de sortir les islamistes, FIS en tête, du terrain de la violence, et de les ramener sur le terrain politique. «Le général-major Mohamed Touati, représentant l’armée au sein de la Commission du dialogue national, se déclarait favorable à une participation de ‘‘personnalités du FIS respectueuses de la loi et de l’État’’ aux travaux de cette commission», souligne, à ce propos, le politologue Fawzi Rouzeïk(Cool.

    La Conférence du dialogue national s’ouvre le 25 janvier 1994 au Palais des nations, au Club des Pins. Cette grand-messe politico-médiatique, qui était censée réconcilier toutes les sensibilités politiques, sera un fiasco dans la mesure où elle est boudée par tous les grands partis d’opposition, FLN inclus.

    Deuxième revers : Bouteflika, attendu comme le messie, déclare forfait à la dernière minute et décline l’offre de l’institution militaire de prendre les commandes de l’Etat. La conférence clôt ses travaux avec, pour seul acquis, l’adoption de la «plateforme portant consensus national sur la période transitoire» après de légers amendements. Celle-ci est officiellement promulguée le 29 janvier 1994. Ce décret n°94-40 sera le dernier paraphé par Ali Kafi. Le 30 janvier 1994, le Haut Conseil de sécurité met fin au mandat de Ali Kafi et l’ensemble du HCE et désigne Liamine Zeroual président de l’Etat. Dans ses Mémoires, Ali Kafi se félicite, avec une pointe de fierté, d’être «le premier chef d’Etat en Algérie à remettre ses pouvoirs à son successeur.»

    ----------------------------------------------------------------
    (1) Voir l’article intitulé : «Khaled Nezzar révolté par les accusations de Ali Kafi» In: El Watan du 20 mars 2000.
    (2) Mémoires du général Khaled Nezzar. Editions Chihab, 1998, P 261.
    (3)&(4) Voir son livre : Pour rétablir certaines vérités sur treize mois passés à la tête du gouvernement (juillet 1992-août 1993). Le livre est accessible sur son site internet :  www.belaidabdesselam.com
    (5) Hichem Aboud. La Mafia des généraux JC Lattès, 2002, P 236.
    (6) Voir l’article : «Ali Kafi sort de sa réserve: Je regrette d’avoir été président du HCE». In : El Watan du 9 mars 2000.
    (7) In : El Watan du 20 mars 2000.
    (Cool Fawzi Rouzeik. Algérie, chronique intérieure in : annuaire de l’Afrique du Nord. Lien : aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1994-33_13.pdf


    Mustapha Benfodil
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    رد: Comment devient-on chef d'état en Algérie

    مُساهمة من طرف Admin في الأربعاء يوليو 17, 2013 12:05 pm

    Mohamed Boudiaf le retour gâché de Novembre
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    le 16.07.13 | 10h00 Réagissez




    Quand, le 16 janvier 1992, Mohamed Boudiaf foule le tarmac de l’aéroport Houari Boumediène, il retrouvait sa terre natale après 28 ans d’exil. Peu parmi les moins de 30 ans connaissaient la valeur de cet homme qui, à lui seul, incarnait toute la grandeur de Novembre.


    Ceux qui étaient au fait de son passé nationaliste au long cours retenaient difficilement leur émotion. C’est un peu comme si Ben M’hidi, Ben Boulaïd ou Abane ressuscitaient de leur tombe.
    En ce 16 janvier 1992, le destin a voulu que le pouvoir qu’il avait toujours fui comme la peste lui fût offert sur un plateau comme ce plateau de lait et de dattes qui lui était généreusement tendu à sa descente d’avion. Trente ans auparavant, le pouvoir lui était promis, là aussi, sur un plateau, et son aversion des tripatouillages de sérail l’avait amené à le dédaigner avec force.
    Comme nous l’écrivions précédemment (voir notre article sur Ben Bella), Bouteflika fut chargé par Boumediène de négocier avec l’un des «historiques» détenus au château d’Aulnoy une alliance stratégique sur fond de lutte de pouvoir avec le GPRA. Avant de se tourner vers Ben Bella, c’est à Boudiaf que le chef d’état-major général avait pensé en premier.

    «Tu viens me vendre un coup d’état !»

    Selon le Commandant Azzeddine, Boudiaf était «hors de lui» et a répondu sèchement à Bouteflika en lui disant : «Tu viens me vendre un coup d’Etat alors que le sang des martyrs n’a pas encore séché  ? Je ne suis pas preneur !» (1)
    A l’été 1962, Boudiaf entre en conflit ouvert avec le clan d’Oujda. «Il disait à qui voulait l’entendre qu’il ne marcherait jamais avec une armée de putschistes», témoigne Lakhdar Bentobbal(2). Aussi refuse-t-il crânement de siéger dans le Bureau politique formé par Ben Bella. Lors de la «guerre des Wilayas», il fonde avec Krim Belkacem le «Comité de liaison et de défense de la Révolution» (CLDR), communément appelé «le groupe de Tizi Ouzou», pour contrer l’offensive du groupe de Tlemcen.

    Le 2 août, il signe un accord avec Ben Bella pour régler la crise et consent à rejoindre le BP. La trêve sera de courte durée. Contestant les listes des candidats à l’Assemblée constituante, Boudiaf retire sa propre candidature et claque définitivement la porte du FLN. Le 20 septembre 1962, le jour même de l’élection de l’Assemblée algérienne, Boudiaf fonde le PRS, le Parti de la révolution socialiste, premier parti d’opposition créé après l’indépendance. D’emblée, il casse un tabou en martelant que «le FLN est mort». Dans un tract diffusé peu après la création du PRS, Boudiaf fustige la nouvelle direction du Front : «Née d’un coup de force politique, l’équipe qui se proclame de la ‘‘direction du FLN’’ se maintient par la force des armes et l’appui manifeste de l’étranger (…). Cette équipe prépare la voie à un régime policier de dictature personnelle ou militaire», dénonce-t-il(3).

    Son opposition farouche à Ben Bella et consorts lui vaut d’être arrêté le 21 juin 1963 et déporté vers l’extrême Sud algérien. Un an plus tard, il est condamné à mort, manifestement en raison de son soutien à la rébellion du colonel Chaâbani. Il réussit néanmoins à s’exfiltrer vers la France. Commence alors pour lui une longue vie d’exil, oscillant entre la France et le Maroc. A la mort de Boumediène, il dissout le PRS et monte une petite affaire dans la ville de Kenitra (Maroc), une briqueterie qui lui permet de gagner dignement sa vie.

    La résurrection de Si Tayeb El Watani

    Et voilà qu’un jour de janvier 1992, le destin vient le rappeler à ses obligations de père de la Patrie. L’historique Boudiaf qui avait consenti, avec toute l’humilité qui le caractérise, à se faire oublier, faisait brusquement corps avec sa légende pour redevenir Si Tayeb El Watani. Mahfoud Bennoune rapporte ces propos de Boudiaf tenus peu avant que lui soit proposée la présidence du HCE : «Si un jour, des perspectives meilleures se présentaient pour que je sois utile à l’Algérie, je rentrerai, mais si c’est pour faire des histoires, non.

    L’Algérie a besoin d’hommes capables de se sacrifier pour elle, la servir et non se servir.»(4). Selon le professeur Bennoune, «Boudiaf n’a accepté la proposition des représentants de l’ANP qu’une fois convaincu par des personnalités indépendantes représentant la ‘‘société civile’’ (…) qu’il avait rencontrées à sa demande durant son séjour clandestin à Alger, avant son retour officiel. Elles l’ont persuadé que le FIS avait réellement truqué les élections du 26 décembre 1991 et que son refus entraînerait l’Algérie dans une guerre civile. Etant véritablement démocrate et très attaché au peuple, il n’aurait pas pu aller à l’encontre de son choix si les élections avaient été véritablement ‘‘honnêtes et propres’’»(5).

    Préalablement à la venue de Boudiaf, il avait été créé le 14 janvier 1992 un nouvel organe exécutif sous la houlette du Haut Conseil de Sécurité : le Haut Comité d’Etat, une Présidence collégiale qui avait pour mission de pallier la vacance de l’institution présidentielle suite à la démission de Chadli, et qui devait mener à son terme le troisième mandat du président déchu. Outre Boudiaf, ce directoire, composé de 5 membres, comprenait, également, Khaled Nezzar, Ali Haroun, Ali Kafi et Tidjani Haddam.

    «L’islam…»

    Au moment même où le président Boudiaf était parvenu à créer les conditions d’un nouveau contrat social, son projet est brutalement abattu. Le 29 juin 1992, il est assassiné en direct à la télévision par l’un des éléments de sa garde rapprochée, le sous-lieutenant Lembarek Boumaârafi, alors qu’il prononçait un discours à la Maison de la culture de Annaba. «Avec quoi nous ont surpassés les autres nations ? Elles nous ont surpassés par la science. L’islam…»

    C’étaient ses dernières paroles. Une grenade d’abord. Une rafale ensuite. Le Président s’écroule. Pour son fils Nacer, il s’agit d’un véritable «parricide». «L’arbre de Novembre a été abattu en juin, le mois de sa naissance», dira Nacer Boudiaf(6). Dans un pays où le sang des chouhada irrigue le roman national, Boudiaf est devenu le martyr archétypal. Certes, avant lui, il y a eu Abane Ramdane, il y a eu Khider, il y a eu le colonel Chaâbani, il y a eu Khemisti, il y a eu Krim Belkacem, qui, tous, furent liquidés par leurs propres frères d’armes. Mais c’étaient des crimes sans témoins. Avec Boudiaf, c’est la première fois qu’un crime politique de cette envergure était commis en direct à la télévision, prenant l’ensemble du peuple algérien à témoin. Trente ans après, le héros de 1954 était violemment rattrapé par les démons de l’été 1962.

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    (1) Entretien avec Salima Tlemçani in El Watan du 5 juillet 2012.
    (2) Cité par Mahfoud Bennoune dans Esquisse d’une anthropologie de l’Algérie politique. Editions Marinoor, 1998, p97.
    (3) Cité par Abdelkader Yefsah dans La Question du pouvoir en Algérie, ENAP, 1990, P115.
    (4) et (5) Mahfoud Bennoune. Op.cit. p105.
    (6), (7) : Voir : http://www.lematindz.net/news/8488-nacer-boudiaf-ils-ont-commis-un-parricide-car-bouadiaf-etait-trop-grand-pour-eux.html

    «Acte isolé» ou crime d’état ?

    La thèse officielle sur l’assassinat de Boudiaf a conclu à l’acte isolé. Si l’auteur matériel du crime est clairement identifié en la personne du sous-lieutenant Lembarek Boumaârafi, membre du GIS (Groupe d’intervention spéciale, relevant du DRS), cependant, un large secteur de l’opinion est loin de se ranger derrière le récit officiel faisant de Boumaârafi le «Lee Harvey Oswald algérien». Le rapport préliminaire de la commission Bouchaïb rendu public le 26 juillet 1992 avait d’emblée écarté la piste d’un assassin ayant agi pour son propre compte. Extrait : «S’il est constant que l’assassin affirme qu’il a agi seul et insiste sur ses mobiles, tirés de ses convictions religieuses, il n’en demeure pas moins que les négligences, défaillances, lacunes et le laisser-aller que nous avons relevés à tous les niveaux des services ayant planifié la visite, organisé son déroulement et assuré la sécurité présidentielle, ont constitué, de manière directe ou indirecte, des éléments ayant facilité objectivement l’organisation du crime.» Parmi les défaillances pointées par la commission, le choix du corps chargé de la sécurité du Président.
    Le GIS, dédié à la lutte antiterroriste, est un corps d’intervention et non de protection, souligne le rapport. Autre grief : le manque de coordination entre le groupe du GIS envoyé à Annaba et le Service de la sécurité présidentielle (SSP). A cela s’ajoute évidemment le choix de dernière minute d’intégrer Boumaârafi parmi la garde rapprochée du Président, alors que le DRS était très au fait de son profil «psycho-politique».
    Curieusement, le rapport final de la commission sera expurgé de ces observations. «Le rapport de cette commission a été amputé de plusieurs pages, celles concernant les défaillances des services de sécurité», dénonce Nacer Boudiaf dans un entretien au site dna-algerie.com (7). «La première fois, la commission a conclu que l’assassinat de Boudiaf n’a pas été un ‘‘acte isolé’’. Ensuite, ils se sont fait taper sur les doigts pour rectifier la version et conclure à un acte isolé», appuie le fils aîné du président Boudiaf, avant de lâcher : «J’ai dit en 1992 que ce sont les gens qui l’ont ramené de son exil au Maroc qui sont responsables de son assassinat. Les gens qui ont sorti Mohamed Boudiaf de son exil pour lui confier les destinées du pays sont connus : ce sont Khaled Nezzar, Ali Haroun, Sid Ahmed Ghozali, le général Touati, Smaïn Lamari, Mohamed Lamari, le général Mohamed Mediene dit Tewfik, Larbi Belkheir… C’est à ces dirigeants là, qui lui ont confié cette responsabilité, de s’expliquer.» Pour Nacer Boudiaf, des sanctions auraient dû tomber au plus haut niveau de l’Etat : «Tous les responsables ont été auditionnés par la commission Bouchaïb, même le général Mohamed Mediène. Or, personne n’a été poursuivi par la justice. Personne. Hormis l’assassin (…), aucun responsable n’a été inquiété. Aucun responsable de la sécurité présidentielle n’a été sanctionné. C’est pour cela que nous parlons d’un complot. Un chef de l’Etat a été tué en direct à la télévision et aucun responsable ne répond de cet acte. Le travail a donc été bien fait. Il y a eu des défaillances sécuritaires et ils doivent rendre des comptes devant la justice. Boumaârafi ne doit pas porter seul la casquette.»
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    مُساهمة من طرف Admin في الأربعاء يوليو 17, 2013 12:08 pm

    Chadli Bendjedid : un président «nommé» par la SM




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    Chers frères, chères sœurs citoyens. Vous savez assurément que je ne désirais pas me porter candidat à la présidence de la République au lendemain du décès du président Houari Boumediène. Je n’avais accepté d’être candidat à ces fonctions que sur insistance de mes compagnons et en ayant alors conscience que c’était là une lourde responsabilité et un grand honneur.» Ainsi commence la lettre de démission du président Chadli Bendjedid qu’il avait remise au président du Conseil constitutionnel, Abdelmalek Benhabylès, le samedi 11 janvier 1992, sous l’œil des caméras de l’ENTV et diffusée au JT de 20h.


    Ce passage fait écho aux conditions dans lesquelles le Président démissionnaire avait hérité de la charge suprême treize ans plus tôt. Il n’avait effectivement rien demandé. Il était presque un «candidat par défaut» à la succession de Boumediène.
    Flash-back. Suite à la mort subite du président Houari Boumediène, le 27 décembre 1978, deux tendances lourdes vont se dégager au sein du pouvoir pour lui désigner un successeur. L’une est favorable à l’apparatchik Mohamed-Salah Yahiaoui, le coordinateur du parti chargé par Boumediène, avant sa mort, de préparer le congrès du FLN, tandis que l’autre appuie celle du libéral Abdelaziz Bouteflika, le fringant ministre des Affaires étrangères.

    C’est le 4e congrès du FLN qui devait arbitrer entre les deux candidats putatifs. Les travaux s’ouvrent le 27 janvier 1979 et durent quatre jours. Le bureau du congrès est dirigé par Boualem Benhamouda. Y figurent : Kasdi Merbah, chef de la Sécurité militaire, Ali Kafi, Lahcène Soufi et Mohamed Salah Laïdi (1).

    La surprise du chef de la SM

    Les travaux du congrès sont répartis sur trois commissions. L’une d’elles est chargée de recueillir les candidatures au Comité central, au BP et à la présidence de la République. Les débats s’y déroulent à huis clos. Faute de consensus, l’armée finit par pousser l’un des siens sur le devant de la scène. Et ce sera le colonel Chadli Bendjedid. C’est la surprise du «chef», comprendre le «chef de la SM», Kasdi Merbah. Ce dernier aurait eu cette boutade : «Il y a deux candidats  : Chadli ou Bendjedid.» Et ce n’était pas une galéjade.

    Dans son livre L’armée algérienne face à la désinformation, Nezzar écrit à ce propos : «La question, nous le sûmes plus tard, s’était réglée entre Kasdi Merbah, Abdellah Belhouchet et Mohammed Attaïlia, ces deux derniers ayant apporté la caution indispensable des chefs de région. Seuls quelques officiers étaient favorables à Chadli Bendjedid.»(2). Chadli est officiellement coopté sur la base du principe : «L’officier le plus ancien au grade le plus élevé.» Il était alors commandant de la 2e Région militaire (Oran). Dans ses Mémoires, il affirme que Boumediène, à qui il était lié par une solide amitié, l’avait, en outre, nommé peu avant sa mort coordinateur de tous les corps de sécurité.

    Kasdi Merbah était donc à la manœuvre dans les coulisses pour faire avaliser la candidature de l’inattendu colonel à la crinière blanche. «D’après les différents témoignages que nous avons pu recueillir, Kasdi Merbah aurait menacé les éventuels opposants à son «choix» de rendre publics des dossiers gênants les concernant», glisse Abdelkader Yefsah dans La question du pouvoir en Algérie(3). Et Nezzar de citer cette anecdote édifiante : «De tous les souvenirs qui me restent de la réunion du Comité central qui devait entériner le choix de Chadli Bendjedid comme candidat du FLN à la magistrature suprême, je garde l’image du commandant Mouâaouya, un des adjoints de Merbah, debout, les bras tendus et rythmant, comme un chef d’orchestre, le mouvement du carré compact des représentants de l’ANP : tous debout à son signal au moment où Chadli Bendjedid rentrait dans la salle. Tout le monde assis, toujours à son signal, lorsque Mohamed Salah Yahiaoui ou Bouteflika y pénétraient à leur tour…» (4) Le 7 février 1979, le candidat de la SM est élu sans surprise à un score «stratosphérique» de 99,40%. Classique.


    Arrêt du processus électoral : 11 janvier 1992, fin de mission pour Chadli

    A la faveur de la Constitution du 23 février 1989, qui consacre le multipartisme, le Front islamique du salut (FIS) est agréé et monte aussitôt en flèche. Le 26 décembre 1991, le parti de Abassi Madani et Ali Benhadj rafle la mise lors du premier tour des législatives. Avec 24,59% des voix, il arrache d’emblée 188 sièges sur les 231 en jeu. Il est à seulement 28 sièges de la majorité absolue à l’Assemblée.

    Que faire face à ce raz-de-marée islamiste ? Panique au sommet de l’Etat. Chadli ne fait pas mystère de sa position. Il penche pour le légalisme et exprime sa disponibilité à cohabiter avec le FIS au nom du «respect du choix du peuple». L’establishment militaire conduit par son ministre de la Défense, le général Khaled Nezzar, est d’un autre avis. Pour lui, le FIS constitue une sérieuse menace pour la jeune démocratie algérienne et estime qu’il faut absolument lui barrer la route vers les cimes du pouvoir. Les militaires provoquent, dès lors, un «bug» du système en poussant Chadli à la démission. Le deuxième tour des législatives est annulé. C’est le fameux «arrêt du processus électoral» que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de «coup d’Etat constitutionnel».

    L’ANP et ses «mesures extrêmes»

    Une question turlupine l’opinion à ce jour : Chadli a-t-il été forcé à la démission, ou bien a-t-il démissionné de son propre chef ? Dans un entretien accordé à deux chercheurs japonais, Kisaichi Masatoshi et Watanabe Shoko, Chadli apporte de précieux éclaircissements sur cet épisode : «Moi, j’étais pour la préservation du cadre démocratique et comme le peuple avait choisi l’autre camp (les islamistes), nous nous devions de leur remettre le gouvernement et les laisser prendre les rênes du pays.

    Mais des membres du FLN qui ont eu peur pour leur personne, m’ont demandé d’annuler les élections et de les refaire. Mais j’ai refusé leur requête par respect pour la Constitution et par fidélité au serment que j’ai prêté quand j’ai juré sur le Coran de respecter la volonté du peuple algérien. C’est pourquoi, je n’ai pas demandé au peuple algérien de revoir sa position à l’égard des islamistes. Qu’aurait pensé l’opinion nationale et internationale si j’avais annulé les élections ? Ils auraient pensé que les réformes engagées par Chadli étaient une simple manœuvre pour rester au pouvoir. Et pour cette raison, j’ai décidé de laisser le pouvoir et j’ai présenté ma démission par respect envers le peuple algérien. Ceux qui prétendent que c’était un coup d’Etat ont tort parce que j’ai démissionné de mon plein gré, sans la moindre pression de quelque partie que ce soit.»

    Dans ses Mémoires, Nezzar soutient que la résolution qu’avait prise le président Chadli de quitter le pouvoir avait, spontanément, recoupé les conclusions auxquelles étaient parvenus les chefs militaires : «A partir du 30 décembre (1991, ndlr), l’armée d’une manière générale n’acceptait point de se résoudre à voir le FIS disposer d’une majorité absolue au Parlement. Vers le 3 janvier, la période de préparation politique et militaire fut retenue du fait du scrutin entaché d’irrégularités et émaillé par les intimidations des militants du FIS (…)»,(5) dit-il, avant d’ajouter : «Des mesures pratiques, politiques et militaires avaient été envisagées. Aussi, la démission du président Chadli nous a évité de recourir à ces mesures extrêmes.»

    «Je viens de limoger Nezzar»

    Nezzar nous apprend, au passage, que «Larbi Belkheir, qui voyait que l’aboutissement des discussions tardait, frappa du poing sur la table à plusieurs reprises et déclara, ferme : si vous ne le faites pas, je demanderai dès demain aux walis d’arrêter le processus !» Dernière précision et non des moindres : «La fameuse lettre de démission de Chadli, lue à la télévision le soir même, fut rédigée par le général Touati et Ali Haroun. Elle lui avait été soumise à titre de proposition avant d’être avalisée par le Président», témoigne Nezzar.

    Dans son livre, La mafia des généraux, Hicham Aboud donne une version différente de la démission de Chadli. Il affirme que le Président avait décidé de démettre Nezzar de ses fonctions et de le remplacer par le général-major, Dib Makhlouf, commandant de la Garde républicaine. «Je viens de limoger Khaled Nezzar et je t’ai nommé ministre de la Défense à sa place. Tu vas au ministère et tu donnes ordre aux troupes de rentrer dans les casernes», lui aurait enjoint Chadli(6). Dib Makhlouf informe aussitôt le général Khaled Nezzar. Décision est prise de «faire démissionner» Chadli.

    Le général Touati et Ali Haroun écrivent la lettre de démission. «Les généraux Mohamed Lamari, Khaled Nezzar, Dib Makhlouf et Benabbès Gheziel font irruption dans le bureau du président de la République, coupé de ses gardes du corps. Ils usent de méthodes de voyous pour contraindre Chadli à la démission» assène Hicham Aboud (7). Selon l’actuel directeur de Mon Journal, c’est l’entrevue accordée par Chadli le 3 janvier 1992 à Abdelkader Hachani et au cours de laquelle il l’aurait assuré de son engagement à «respecter la volonté du peuple», qui aurait provoqué sa chute. Dans le bureau du Président, relate Hichem Aboud, «Lamari lui lance, sur un ton menaçant : ‘‘Alors, tu veux nous livrer à la potence ? Tu t’entends avec Hachani sans nous aviser ?’’ Eberlué, ne comprenant rien à ce qui lui arrive, Chadli balbutie quelques mots incompréhensibles. Lamari le prend par le revers de sa veste et le colle contre le mur : ‘‘Tiens ! C’est ta lettre de démission. Tu vas la lire maintenant devant les caméras, sinon tu connaîtras le même sort que Ceausescu !»


    Notes : (1) Abdelkader Yefsah. La Question du pouvoir en Algérie.
    ENAP. Alger. 1990. P318.
    (2) Voir les extraits de son livre L’armée algérienne face à la désinformation publiés sur le site : http://algeriepatriotique.com/sites/default/files/bibliotheque/livre1505_03_5_2012.pdf
    (3) A.Yefsah. op.cit. P320
    (4) Khaled Nezzar. L’Armée algérienne face à la désinformation. Voir lien ci-dessus.
    (5) Mémoires du général Khaled Nezzar. Editions Chihab, 1999, p234.
    (6) Hichem Aboud. La Mafia des généraux. JC Lattès, 2002, P147.
    (7) idem.
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    مُساهمة من طرف Admin في الأربعاء يوليو 17, 2013 12:13 pm

    Houari Boumediène : du putschiste à l’homme d’Etat



    Nuit du 18 au 19 juin 1965. Le colonel Tahar Zbiri, chef d’état-major de l’ANP, vient réveiller, vers 1h30 du matin, le président Ben Bella à la Villa Joly.


    Il est flanqué d’une bonne brochette d’officiers supérieurs et de hauts fonctionnaires de la sécurité. Parmi eux : le commandant Chabou, secrétaire général du MDN, le commandant Saïd Abid, chef de la 1re Région militaire et Ahmed Draïa, commandant des Compagnies nationales de sécurité et future DGSN. Le président n’a pas le temps de s’habiller. Il reçoit ses hôtes en robe de chambre. Ben Bella est intrigué par cette visite inopinée à une heure aussi indue. Tahar Zbiri ne laisse pas trop durer le suspense. Il lui annonce sans fioriture qu’il était destitué : «Si Ahmed, un Conseil de la révolution vient de te déposer. Tu as quelques minutes pour t’habiller et nous suivre. Toute résistance est inutile», assène-t-il (1). Le président Chadli, qui avait été mis dans la confidence en sa qualité de commandant de la 2e RM (Oran), soutient, dans ses Mémoires, qu’il avait été question, au début, d’arrêter Ben Bella à sa sortie du stade d’Oran où il avait assisté au match Algérie-Brésil qui s’est déroulé le 17 juin 1965. «L’idée fut abandonnée in extremis de peur que l’arrestation de Ben Bella ne provoquât des troubles parmi les supporters (…) ou qu’elle fût prise pour un enlèvement ».(2)


    L’autre «Bataille d’Alger»


    Jean Daniel, qui se trouvait à Alger au moment des faits, rapporte que le putsch avait fait un certain nombre de morts cette nuit-là. Dans un récit palpitant livré à chaud dans les colonnes du Nouvel Obs, il écrit : «Tahar Zbiri répète sèchement : «Dépêche-toi, la comédie est terminée!». On entend des tirs qui donnent aux propos du chef d’état-major un poids décisif. C’est plus qu’une fusillade. A Hydra (…), l’installation de la police judiciaire est attaquée au bazooka. Pour faire leur rapport, les membres de l’ambassade des Etats-Unis décèleront le lendemain 221 traces de projectiles. Une compagnie de la Garde nationale refusait de se rendre. Il y a eu huit morts». (3)
    Le lendemain, des chars sont déployés dans la capitale. Petite anecdote : le coup d’Etat de Boumediène survient au moment où Gillo Pontecorvo tournait La Bataille d’Alger, aussi d’aucuns croyaient que cet étalage de blindés faisait partie du décor. Le titre du film s’avérera prémonitoire. Sauf que les belligérants ont changé. Ce ne sont plus les paras du général Massu contre les activistes du FLN assiégés dans La Casbah, mais deux frères ennemis s’entretuant pour le pouvoir.

    A la radio est diffusé en boucle un communiqué justifiant le pronunciamiento devenu «attashih athawri» (redressement révolutionnaire) dans la rhétorique de son auteur. La Proclamation du 19 juin 1965 dénonce notamment le pouvoir personnel du président déchu. Extrait: «Le pouvoir personnel, aujourd’hui consacré, toutes les institutions nationales et régionales du parti et de l’Etat se trouvent à la merci d’un seul homme qui confère les responsabilités à sa guise, fait et défait selon une tactique malsaine et improvisée les organismes dirigeants, impose les options et les hommes selon les humeurs du moment (…) La mystification, l’aventurisme et le charlatanisme politique ainsi démasqués, Ben Bella, en subissant le sort réservé par l’histoire à tous les despotes, aura compris que nul n’a le droit d’humilier la nation (…) ni d’usurper d’une façon indécente la caution politique de ses hôtes illustres pour faire avaliser son inqualifiable forfait et sa haute trahison.»


    Les vrais mobiles du putsch


    Il tombe sous le sens que les vrais mobiles du putsch sont ailleurs. Dès son accession au pouvoir, Ben Bella s’attachera à affirmer son autorité par un certain nombre de mesures qui susciteront l’ire de Boumediène. C’est ainsi qu’il nomme Tahar Zbiri chef d’état-major de l’ANP à l’insu de son ministre de la Défense. Il crée des milices populaires, à partir de septembre 1963, pour «protéger la révolution» ; et quatre jours avant le putsch, soit le 15 juin 1965, il passe un accord avec Aït Ahmed visant à mettre fin à l’insurrection du FFS en Kabylie, sans l’aval de Boumediène. Il faut également citer ce fait déterminant qui sera fatal pour Ben Bella : lui qui était arrivé juché sur les chars de l’armée des frontières, aussitôt installé au sommet de l’Etat, il se met à décapiter le clan d’Oujda. Il écarta, tour à tour, Ahmed Medeghri, ministre de l’Intérieur, et Kaïd Ahmed, ministre du Tourisme. Auparavant, il avait poussé à l’exil Mohamed Khider, secrétaire général du FLN, qui l’avait soutenu dans la course au pouvoir. Et en cette fin mai 1965, il décide de limoger son ministre des AE, Abdelaziz Bouteflika. Le prochain sur la liste est Boumediène, himself, dont il s’est toujours méfié. «La mise à l’écart du colonel H. Boumediène aurait été fixée pour le 21 juin», indique Abdelkader Yefsah (4). Une importante conférence afro-asiatique devait être organisée au Club des Pins, fin juin. Une bonne opération marketing, dont Ben Bella entend tirer pleinement profit. Il ne veut pas de concurrent. Pour l’image, il était important pour lui que Bouteflika et Boumediène soient hors-champ à ce moment-là et qu’il apparaisse comme le leader incontesté de la Révolution algérienne. La suite, on la connaît…


    Dix ans de vide constitutionnel


    Quand il accède au pouvoir suprême, le colonel Houari Boumediène a à peine 33 ans. Lui qui fait grief à Ben Bella d’avoir érigé le pouvoir personnel en mode de gouvernance, dans les faits, le nouveau maître du pays ne fera pas mieux. «De 1965 à 1977, Boumediène concentrait entre ses mains tous les pouvoirs – exécutif, législatif, judiciaire, politique, militaire, et même symbolique – sans avoir ni légitimité historique ni légitimité des urnes», résume Mahfoud Bennoune (5).
    Deux ans avant sa mort, Boumediène mène des réformes institutionnelles au pas de charge. La Charte nationale est promulguée le 5 juillet 1976, suivie de la Constitution du 22 novembre 1976. Le 10 décembre de la même année, Boumediène est élu avec un score «folklorique» de 99,50% des suffrages exprimés. Le 29 septembre 1978, le successeur de Ben Bella s’envole vers Moscou, officiellement, pour «une visite de travail et d’amitié». La vérité est qu’il y est allé pour soigner une pathologie rare  : la maladie de Waldenstrôm, celle-là même qui avait emporté le président Pompidou. Alors que Bouteflika et Taleb El Ibrahimi lui avaient suggéré d’aller se soigner à Paris, Boumediène préféra donc la lointaine et glaciale URSS. Il faut rappeler qu’il ne s’était jamais rendu en France, pas même en visite privée.
    Le 14 novembre 1978, Boumediène revient au pays pour mourir. Il est aussitôt admis à l’hôpital Mustapha. Le 27 décembre 1978, à 4h du matin, il rend son dernier souffle. Il avait tout juste 46 ans. Ses funérailles donnèrent à voir un peuple inconsolable. Boumediène est arrivé en vulgaire putschiste, il est parti en homme d’Etat. 
    ---------------------------------------------

    Notes

    • Cité par M’hamed Yousfi dans son livre Le Pouvoir. 1962-1978. Face voilée de l’Algérie, dont El Watan a publié des extraits dans son édition du 21 juin 2005 sous le titre : Le coup d’Etat était décidé trois semaines avant son exécution. • Chadli Bendjedid. Mémoires. Tome 1. 1929-1979. Editions Casbah. 2012. P 244. •Jean Daniel. Alger : Histoire d’un complot. in: Le Nouvel Observateur n°32 du 24 juin 1964. • Abdelkader Yefsah. La Question du pouvoir en Algérie. ENAP. Alger. 1990. P 149. • Mahfoud Bennoune. Esquisse d’une anthropologie de l’Algérie politique. Editions Marinoor, 1998, p68. op.cit. P 246.

    Saïd Boukharouba vs Saïd Bouteflika :

    Comme l’actuel président, Boumediène avait lui aussi un frère prénommé Saïd. Mais hormis le prénom, les deux frères n’ont absolument rien de commun. Ni les mêmes pouvoirs ni les mêmes privilèges. Paul Balta rapporte que le président Boumediène était allé jusqu’à se brouiller avec sa propre mère au sujet de son frère cadet.

    Celle-ci lui avait demandé de faire en sorte que le jeune Saïd Boukharouba soit dispensé du service militaire, ce qui sortit Boumediène de ses gonds. «Houari Boumediène ayant opposé un refus catégorique, sa mère le menaça de se plaindre auprès du gouvernement. Furieux, il quitta les lieux en lui rétorquant : ‘‘Le gouvernement s’en remettra à moi et je rejetterai ta requête’’…», témoigne Paul Balta (entretien avec Mohamed Chafik Mesbah in Le Soir d’Algérie du 4 janvier 2007).

    L’ancien correspondant du Monde à Alger qui connaissait intimement Boumediène ajoute : «Quelque temps plus tard, en effet, Saïd le frère cadet accomplissait, dans des conditions très ordinaires, son service national.» On raconte aussi que lorsqu’il était hospitalisé à Moscou, Boumediène avait reçu la visite de ce même frère, Saïd.

    Il s’est aussitôt enquis de la façon dont son frère s’était acquitté de ses frais de voyage. Ayant appris que son billet avait été pris en charge par les caisses de l’Etat, il exigea que le montant soit défalqué de son salaire de Président. No comment… M. B.


    Dates-clés :

    23 août 1932 : naissance de Houari Boumediène, de son vrai nom Mohamed Boukharouba, à Aïn Hassainia, près de Guelma. Il adhère très jeune au MTLD.


    1950 : il part étudier à la Zitouna de Tunis, avant de poursuivre sa formation à Al Azhar, en Egypte.


    1953 : il reçoit les rudiments d’une formation militaire à l’Ecole de guerre d’Alexandrie, puis au Caire.


    1955 : il participe à l’acheminement d’un important lot d’armes au profit de l’ALN, d’Egypte vers le Maroc. Rencontre avec Larbi Ben M’hidi, commandant de la Zone V (future Wilaya V, basée à Oujda).


    1956 : Boussouf succède à Ben M’hidi à la tête de la Wilaya V et Boumediène devient son adjoint.


    1957 : Boumediène accède au grade de commandant et succède à Boussouf à la tête de la Wilaya V. C’est cette année-là qu’il prend comme nom de guerre «Houari Boumediène» par référence au saint patron de Tlemcen et en s’affublant d’un prénom très répandu dans l’Oranie.


    1958 : Boumediène dirige l’état-major ouest avant d’être nommé chef d’état-major général en janvier 1960.


    Décembre 1961 : Boumediène scelle une alliance avec Ben Bella pour contrer le GPRA.


    9 septembre 1962 : l’armée des frontières de Boumediène rentre triomphalement à Alger après des combats fratricides avec les wilayas pro-GPRA. Il est aussitôt nommé ministre de la Défense et vice-président du Conseil.


    19 juin 1965 : Boumediène renverse Ben Bella et s’empare du pouvoir.


    10 décembre 1976 : première élection organisée depuis le coup d’Etat. Boumediène est élu président de la République avec 99,50% des suffrages exprimés.


    27 décembre 1978 : atteint de la maladie de Waldenstrôm, Boumediène décède à l’hôpital Mustapha à l’âge de 46 ans.

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    مُساهمة من طرف Admin في الأربعاء يوليو 17, 2013 12:21 pm

    comment on devient chef d’Etat en Algérie





    Comment ont-ils pris le pouvoir ? Dans quelles circonstances l’ont-ils quitté ? Comment s’est organisée leur succession ? C’est à ces questions cruciales que se propose de répondre cette série d’enquêtes consacrée aux principaux chefs d’Etat qui ont présidé aux destinées de notre pays depuis l’Indépendance. Il ne sera donc pas ici question de dresser un bilan de leur gestion ; notre propos est de nous arrêter exclusivement sur ces deux séquences-clés tant elles sont révélatrices des processus d’accession au pouvoir en Algérie.


    A quelques mois de l’expiration du 3e mandat de Bouteflika, dans un contexte où la maladie du Président alimente toutes les supputations sur sa succession, il nous a paru utile d’esquisser cette rétrospective avec l’espoir que les démiurges qui s’agitent dans les «laboratoires du système» osent, pour une fois, le pari d’un président jouissant véritablement de la «légitimité populaire».

    1re partie : Ahmed Ben Bella, le président du clan d’Oujda

    18 mars 1962. Après six ans de détention dans différentes prisons françaises, Ahmed Ben Bella est enfin libéré. Il quitte la France pour Le Caire, sa ville de cœur, y retrouve son meilleur allié, Gamal Abdenasser, avant d’aller à Tunis scander «Nous sommes Arabes ! Nous sommes Arabes ! Nous sommes Arabes !», sous le regard ulcéré de Bourguiba. Passée l’euphorie, place à la politique.
    Mai 1962 : Ben Bella prend le chemin de Tripoli pour participer au premier CNRA d’après-guerre. Décisif pour la suite des événements. De ce conclave va sortir, escompte-t-on, la nouvelle direction du pays. En toile de fond, des luttes féroces entre frères ennemis.

    Le sang des martyrs n’a pas encore séché que les chefs de la Révolution s’étripent déjà dans une guerre autrement plus terrible, dont l’enjeu est la prise du pouvoir. En gros, deux blocs vont s’affronter avant même la proclamation de l’indépendance : le GPRA d’un côté, l’armée des frontières de l’autre. En somme, le politique et le militaire, soit les mêmes termes de l’équation formulée par Abane Ramdane. «Les mois qui précèdent le cessez-le-feu ont été une période de grande tension, aussi bien dans les rangs de la révolution que dans les prisons où, malgré leur privation de liberté, les ministres (les chefs historiques détenus au Château d’Aulnoy, ndlr) ne sont pas de simples spectateurs du conflit entre le GPRA et l’état-major. Chacun des protagonistes cherche à se les allier», écrit Harbi dans Le FLN, Mirage et réalité(1).

    Pacte «faustien» avec Boumediène

    Ben Bella avait d’emblée choisi son camp : l’armée des frontières du colonel Boumediène, forte de 35 000 hommes. Fait bien connu mais qui mérite d’être rappelé : c’est Bouteflika qui a servi d’intermédiaire entre Ben Bella et le chef de l’état-major général.
    Flash-back : en décembre 1961, le capitaine Abdelaziz Bouteflika est dépêché par Boumediène en France pour faire du lobbying auprès des cinq prestigieux détenus du Château d’Aulnoy (voir le témoignage de Rédha Malek). Rappelons que Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mostefa Lacheraf, Mohamed Khider et Ahmed Ben Bella avaient été arrêtés cinq ans auparavant, le 22 octobre 1956 exactement, après que l’avion d’Air Atlas qui devait les ramener de Rabat à Tunis eut fait l’objet d’un acte de piraterie aérienne de la part de l’aviation française.

    Ben Bella est fortement séduit par l’offre de l’émissaire de Boumediène et conclut un véritable pacte «faustien» avec le chef du «clan d’Oujda». «Boumediène avait besoin d’un politique et Ben Bella d’un fusil», résume Rédha Malek dans L’Algérie à Evian. «N’ayant aucune féodalité militaire sur laquelle s’appuyer comme le triumvirat des ‘3B’, il s’est rapidement rendu compte de l’importance du poids du clan d’Oujda pour la prise du pouvoir en Algérie», appuie Abdelkader Yefsah dans La Question du pouvoir en Algérie.(2)

    Dans sa stratégie de conquête du pouvoir, Ben Bella s’attache, malgré tout, à mettre les formes. Il fait un forcing pour convoquer une réunion du CNRA, l’instance suprême de la Révolution algérienne, contre l’avis du GPRA. Les travaux du CNRA s’ouvrent le 27 mai 1962. Si le Programme de Tripoli est adopté sans encombre, la formation du bureau politique du FLN, primordiale dans l’architecture du nouvel édifice institutionnel du pays, exacerbe les divisions. Deux listes vont s’affronter : celle de Ben Bella et celle de Krim Belkacem. Le vote ne parvient pas à les départager. Et pour ne rien arranger, Ben Khedda (président du GPRA), quitte intempestivement le conclave. Le premier CNRA de l’indépendance, qui était censé jeter les bases du nouvel Etat, se termine par un clash, renvoyant dos à dos les protagonistes et leurs cliques respectives sans le moindre consensus.

    «Sabaâ snin barakat !»

    A partir de là, l’Algérie s’enlise dans le chaos. La patrie fraîchement libérée est au bord de la guerre civile. C’est la fameuse «crise de l’été 1962» marquée par le «wilayisme». De fait, des combats fratricides vont opposer les Wilayas pro-GPRA (la III et la IV notamment) et les Wilayas pro-EMG. Ces affrontements feront plus de mille morts, obligeant le peuple à sortir dans la rue aux cris de «Sabaâ snin barakat !» pour arrêter le massacre. Pendant ce temps, Ben Bella installe son QG à Tlemcen.

    «Le 12 juillet, A. Ben Bella rentrait en Algérie dans les camions de l’armée des frontières», écrit Abdelkader Yefsah(3) avant d’ajouter : «Le 22 juillet, il annonçait la mise en place de son ‘bureau politique’ à Tlemcen qu’il déclara ‘habilité à prendre en main les affaires du pays’. Ce BP constituera en quelque sorte un contre-pouvoir au GPRA, tout comme Tlemcen, une contre-capitale.» Le 3 septembre, il donne l’ordre, à partir d’Oran, de marcher sur Alger. Le 9 septembre 1962, les contingents de la Wilaya IV se retirent de la capitale et laissent le champ libre à l’armée des frontières qui, le jour même, devient «Armée nationale populaire», selon Harbi.

    Le 20 septembre 1962 ont lieu les élections de l’Assemblée constituante. Celle-ci est présidée par Ferhat Abbas. Le 27 septembre 1962, Ben Bella devient président du Conseil (c’est à dire chef du gouvernement) sur les décombres de l’Exécutif provisoire présidé par Abderrahmane Farès.

    Ben Bella songe immédiatement à se blinder en se dotant d’une Constitution sur mesure. Fait cocasse : la Loi fondamentale de 1963 est élaborée à la salle Majestic (Atlas) de Bab El Oued, loin du contrôle des députés. Ferhat Abbas y voit une insulte à sa fonction et claque la porte. Selon le témoignage de Khalfa Mammeri, auteur de L’Indépendance confisquée, Ferhat Abbas aurait eu ces mots cinglants : «On ne prostitue pas la Constitution dans une salle de cinéma !»

    Voir Pelé et mourir

    La Constitution de Ben Bella sera malgré tout adoptée par l’Assemblée constituante le 28 août 1963 et par voie référendaire le 8 septembre. Le 11 septembre 1963, Ben Bella est désigné par l’appareil du FLN candidat unique à la présidence de la République. Le 15 septembre 1963, il devient officiellement le premier Président de l’Algérie indépendante.
    Ben Bella aura un immense avantage sur ses successeurs : il accapare tout le prestige de la Révolution algérienne. Toutes les icônes révolutionnaires du XXe siècle paradaient à Alger. Il suffit de rappeler que c’est à Alger que Che Guevara prononça son dernier grand discours. C’était le 24 février 1964.

    Grisé par le pouvoir, exalté par son nouveau statut de leader parmi les leaders du Tiers-Monde, Ben Bella en vient à oublier les autres réalités du pouvoir et les «mines antipersonnel» truffant le sérail. Fort de sa stature internationale, il ne veut plus être l’otage du clan d’Oujda, lui qui tutoyait Gamal Abdenasser, Nehru, Tito, Che Guevara, Nelson Mandela, Fidel Castro, Sékou Touré, Chou En-Lai… Après avoir écarté Khider, Medeghri et Bouteflika, il était décidé à limoger son dauphin. Mais le très habile successeur de Boussouf le prend de court. Le 19 juin 1965, Ben Bella est renversé par son ministre de la Défense, le colonel Boumediène. Deux jours avant le pronunciamiento, le 17 juin 1965, le président Ben Bella s’offrait un dernier caprice : serrer la main au roi Pelé. C’était à l’occasion d’un match amical entre l’Algérie et le Brésil, disputé au stade municipal d’Oran et remporté par la Seleçao par 3 buts à zéro. Ce n’est un secret pour personne : Si Ahmed était un grand amateur de football. Il avait même évolué, dans sa jeunesse, sous les couleurs de l’Olympique de Marseille. Ben Bella était sans doute un bon dribbleur. Mais la défense était trop forte…

    ------------------------
    Notes :
    1) Mohamed Harbi. Le FLN, Mirage et réalité (Editions J. A., 1980, p. 372)
    2) Abdelkader Yefsah. La Question du pouvoir en Algérie (ENAP, 1990, p. 69)
    Idem (p. 89)

    Ben Bella-Bouteflika-Boumediène : l’autre triumvirat des «3B»

    Dans L’Algérie à Evian, Rédha Malek livre des détails croustillants sur l’épisode d’Aulnoy quand Bouteflika avait scellé, au nom de Boumediène, une alliance stratégique avec Ben Bella. Le récit qu’il en fait est basé sur un entretien que l’auteur a eu avec Bouteflika lui-même, le 13 juin 1989. «Début décembre 1961. Un jeune émissaire, Bouteflika, est dépêché par Boumediène auprès des ministres emprisonnés. Khatib, ministre marocain des Affaires africaines, organise le déplacement. Boukharta, un membre de son cabinet, prête son nom et son passeport à Bouteflika qui, après une escale technique à Madrid, arrive à Orly où il est pris en charge par Abdelkader Benslimane, n°2 de l’ambassade marocaine. Il sera son hôte pendant trois jours.

    En fait, Bouteflika passe plus de temps à Aulnoy que chez le diplomate marocain. Chaque jour, de 10h du matin à une heure avancée de la nuit, il déjeune, dîne et discute avec ses aînés incarcérés, en particulier avec Ahmed Ben Bella» (in : L’Algérie à Evian, éditions Dahlab, 1995, p. 191). Contrairement à Boudiaf et Aït Ahmed qui refusent de marcher dans la combine, «Ben Bella, lui, n’a pas d’état d’âme. Il s’aligne sur l’état-major», note Rédha Malek. «Ben Bella lui communique un numéro de téléphone personnel et lui confie une lettre manuscrite pour Boumediène.» Quelques jours après cette visite, poursuit Rédha Malek, «Boumediène et Ben Bella ont un entretien téléphonique. Ils se disent très satisfaits de la mission de Bouteflika. L’alliance est scellée.»

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    مُساهمة من طرف Admin في الأربعاء يوليو 17, 2013 12:25 pm

    Liamine Zeroual et le pouvoir




    Le refus opposé par l’ancien président de la République, Liamine Zeroual, à la demande itérative de centaines de jeunes, essentiellement enfants de chouhada, venus de toutes les régions du pays pour le convaincre de briguer un nouveau mandat en 2014, n’a pu que décevoir les millions d’Algériens qui ont encore foi en lui et qui savent, de science certaine, qu’il n’existe pas, dans toute l’Algérie, un homme politique plus honnête, plus probe et plus attaché à l’intérêt national que Liamine Zeroual. L’ancien Président a exposé les raisons de son refus et chacun doit s’incliner devant son choix.

    La lucidité exemplaire du président Liamine Zeroual

    Déjà, en janvier 2009, il avait opposé une catégorique, mais très courtoise, fin de non-recevoir à celles et ceux (dont l’auteur de ces lignes) qui le conjuraient de revenir aux affaires, afin de remettre le pays sur pied. Il avait alors estimé que les hommes providentiels ne pouvaient guère changer le destin de l’Algérie et sans le dire expressément, que la situation était suffisamment grave et complexe pour requérir des solutions autrement plus radicales que la seule accession au pouvoir suprême d’un homme, fût-il d’exception.

    Sans doute avait-il raison. Si Liamine Zeroual n’a pas voulu se présenter au scrutin d’avril 2009, qu’il aurait largement remporté dès le premier tour, les raisons de ne pas vouloir reprendre du service en avril 2014 sont encore plus irrépressibles. Ici, l’auteur s’exprime à titre tout à fait personnel et assure le lecteur qu’il n’a pas rencontré l’ancien chef de l’Etat ni ces jours-ci ni même avant. En cinq ans, l’état du pays s’est considérablement dégradé dans tous les domaines : école, santé, justice, crime organisé et grand banditisme, industrie et agriculture, environnement, perte de souveraineté nationale, etc.

    Pour redresser la situation du pays, Liamine Zeroual aurait besoin d’une armée de quelque 100 000 hauts fonctionnaires de l’Etat, insoupçonnables, incorruptibles et obsédés par le seul service de l’Etat. Où les trouver ?
    Qui aura vocation à les rassembler ? De quelle marge de manœuvre disposeront-ils par rapport aux clans, factions, groupes de pression et autres coteries qui ont investi des pans entiers de l’appareil d’Etat.

    Dirige-t-on un pays avec efficacité depuis le palais d’El Mouradia en s’appuyant sur une vingtaine de collaborateurs, fussent-ils tous de la plus parfaite loyauté ? Si le président de la République ne procède pas lui-même à la désignation sur la base de critères objectifs, préalablement définis, exempts de toute coloration partisane, clanique, clientéliste ou népotique les ministres, les responsables des services de sécurité, les ambassadeurs, les walis, les patrons d’entreprise et de banques publiques, il n’a que faire d’une Constitution qui lui attribue formellement des prérogatives qu’il est mis dans l’impossibilité quasiment absolue d’exercer. Ce qui est attendu du président de la République dans le cadre du fonctionnement du pluralisme, c’est qu’il respecte scrupuleusement le principe de la séparation des pouvoirs, qu’il garantisse l’indépendance de la magistrature et qu’il renforce les prérogatives du Parlement, pour autant que celui-ci ait été élu démocratiquement, ce qui ne s’est jamais passé une seule fois depuis l’indépendance.

    Si le président de la République est en permanence court-circuité par des officines, groupes de pression agissant le plus souvent dans l’ombre, constitués d’individus politiquement et pénalement irresponsables, car jouissant de l’impunité (lorsque des centaines de lampistes trinquent pour les délits commis par leurs supérieurs), un tel Président ne peut que gérer le statu quo, en attendant qu’il devienne intenable. Le président Zeroual a eu tout le loisir entre 1994 et 1999 de mesurer l’étroite latitude dont il a pu disposer pour faire cesser le terrorisme et poursuivre les réformes de structures engagées à partir de 1990.

    Il était porteur d’une vision à long terme et d’une stratégie de rupture (exposée dans son discours historique du 30 octobre 1994) avec l’Etat rentier clientéliste et son élite compradore dont les prodromes avaient été semés par les mentors de Chadli Bendjedid (à leur tête Larbi Belkheir, un des principaux fossoyeurs de l’Etat algérien, mandaté pour ce faire par les services secrets français et non bien évidemment par l’Etat français, partenaire et même ami de notre pays, alors qu’il était encore sous-officier de l’armée coloniale et ce, au même titre que le colonel Chabou et bien d’autres).

    Tout le monde sait que Liamine Zeroual avait déjà choisi le profil des hommes et des femmes auxquels il entendait confier des responsabilités éminentes à la seule fin d’extirper l’Algérie de la nasse du sous-développement et de construire un Etat indépendant. Aucune des personnes pressenties pour assumer ces hautes fonctions ne possédait une nationalité étrangère, fût-elle celle d’un pays arabe. Du reste, tous les pays du monde se conforment à cette loi d’airain. Seule, l’Algérie, celle pour le salut de laquelle sont morts Abane et Ben M’hidi, semble vouloir y déroger depuis 1999.

    Liamine Zeroual n’est pas préposé à la purification des hommes et des choses

    Le refus réfléchi et longuement médité de Liamine Zeroual de revenir aux affaires, bien qu’il constitue, à beaucoup d’égards, un crève-cœur par toutes celles et ceux qui ont une profonde admiration pour l’homme d’Etat qu’il est, est parfaitement légitime au regard de toutes ces considérations.Mais plus fondamentalement, Liamine Zeroual n’a pas vocation à venir éteindre un incendie provoqué par un tel et que tels autres ont laissé se propager en parfaite connaissance des destructions qu’il allait causer. Le président Zeroual n’est pas chargé par on ne sait quel décret de la providence de venir nettoyer les écuries d’Augias. Il n’est pas le viatique ultime lorsque tout tombe en
    déshérence et que le pays entier menace de partir en charpie (il en prend chaque jour un peu plus le chemin, en dépit des cris d’orfraie poussés par les mêmes marchands d’illusions).

    En juillet 1993, Liamine Zeroual accepte le poste de ministre de la Défense en pleine tourmente terroriste. En janvier 1994, devant la dérobade prévisible et inscrite dans la logique intime du parcours d’aventurier de son successeur, il consent à prendre la direction d’un pays dont les plus éminents observateurs anticipaient déjà la chute. Le 16 novembre 1995, il devient président de la République, à l’issue d’un scrutin exempt de toute fraude, mais sans hélas que le terrorisme soit encore vaincu.

    En septembre 1998, onze mois après l’accord scellé entre l’ANP et l’AIS et alors que la violence s’étiole progressivement (à l’exception des massacres de populations civiles dont personne ne sait à ce jour, quel fut leur crime), ceux-là mêmes qu’il n’avait eu de cesse de protéger en endossant l’intégralité de la répression contre le terrorisme, le dirigent lentement mais sûrement vers la sortie, non pas au profit d’une personnalité issue de la jeune génération et immune de toute compromission avec les errements passés mais d’une personnalité s’étant éhontément tenue à l’écart de la «tragédie nationale» et dont la seule motivation était de provoquer la descente de l’Algérie aux enfers, comme si l’ancien ministre des Affaires étrangères de Houari Boumediène (lequel devait pour la petite histoire le débarquer de ce poste en 1978 au profit du docteur Ahmed Taleb Ibrahimi, auquel il est loisible de confirmer ce fait) avait des comptes personnels à régler avec 30 millions d’Algériens. En 14 ans, le résultat a été atteint au-delà de toute espérance.

    L’emblématique solitude du président Zeroual

    Lorsque Liamine Zeroual s’est retiré dans la dignité et l’honneur, en septembre 1998, poussant le sacerdoce jusqu’à accepter l’allongement de la période de vacance du pouvoir présidentiel à avril 1999, administrant une nouvelle fois la preuve de son attachement viscéral au fonctionnement des institutions, quoiqu’il puisse lui en coûter, il ne s’est trouvé aucun groupe de thuriféraires zélés pour proposer de signer une pétition, afin qu’il aille jusqu’au bout de son mandat (il est vrai que la veulerie et la couardise ont toujours été l’apanage des élites au pouvoir dans ce pays, quelle que soit la période de l’histoire à laquelle on veuille se référer).

    L’Algérie était pourtant engagée dans un processus vertueux de réconciliation nationale, dont les linéaments avaient été posés par le président Zeroual lui-même, en 1995, avec les lois sur la rahma dont il a été le concepteur exclusif. Faire pression, à ce moment-là, sur Liamine Zeroual pour qu’il jette l’éponge était un non-sens politique absolu. Personne ne s’est ému que le premier Président d’un Etat arabe et musulman à avoir accédé démocratiquement à la magistrature suprême fut contraint de se retirer, sans même avoir pu aller jusqu’au bout de son mandat, alors que la Constitution du 28 novembre 1996 lui permettait d’en solliciter un deuxième. Quoi de plus iconoclaste que cette entorse aux lois fondamentales d’un pouvoir se prétendant démocratique ?

    En 51 ans d’indépendance, deux scrutins seulement se sont déroulés sans fraude : le 1er tour des législatives du 27 décembre 1991 et l’élection présidentielle du 16 novembre 1995. Tous les autres, sans exception, ont été l’occasion de trucages massifs, ceux de 2004, 2007, 2009 et 2012 ayant battu tous les records de mystification et d’imposture. Il est un peu trop facile, aujourd’hui, à certains inconditionnels des puissants du moment (je pense à quelques apparatchiks politiquement invertébrés, tel l’ancien chef du gouvernement, Réda Malek, partisan de l’éradication de l’islamisme et qui doit en être aujourd’hui pour ses frais avec la réislamisation semble-t-il irréversible de la société algérienne) d’aller chercher le premier élève de la classe pour l’exhorter à reprendre du service, alors que Liamine Zeroual a dû lutter dans une solitude impressionnante (dont malheureusement, compte tenu de son profil psychologique, il ne témoignera jamais) contre la conjonction des forces de la régression. Qu’on laisse donc le président de la République en paix.

    A 72 ans, Liamine Zeroual aspire à une retraite méritée et à consacrer son temps à l’éducation de ses petits-enfants auxquels il a donné tout son amour. Les Algériens doivent aussi savoir que Liamine Zeroual est d’abord et avant tout un homme de cœur, un homme de bien, doué d’une grande sensibilité et d’une capacité d’empathie que son aspect rigide et austère d’officier d’état-major ne laisse, il est vrai, guère soupçonner.

    Indiquer le bon choix pour la présidentielle de 2014

    Pour autant, et c’est par cela que je conclurai ces quelques réflexions, l’ancien président de la République aurait tort de se sentir totalement quitte vis-à-vis des Algériens. Il lui reste encore un devoir, le dernier à accomplir.
    Il lui appartient désormais, auréolé de cette autorité morale et politique que l’histoire immortalisera à coup sûr, de dire aux Algériens lequel des candidats à la succession de l’actuel président de la République lui semble le plus apte, non pas à résoudre les problèmes du pays (ceci relève de la plus pure pétition de principe) mais, tout au moins, à surmonter certains des plus redoutables défis qui vont se poser au pays.

    Peu importe que cette personnalité soit issue de la nouvelle génération ou de l’ancienne, qu’elle ait exercé des responsabilités dans l’appareil de l’Etat ou non, que l’ancien président de la République la connaisse personnellement ou seulement de réputation, l’essentiel est que ce candidat porte les mêmes valeurs de rigueur, d’honnêteté, de dévouement et de sacrifice pour la patrie que Liamine Zeroual a incarnées durant toute sa carrière d’officier et d’homme politique. Lui seul, peut en conscience en décider.


    PS : C’est le dernier article que je consacre à mon grand frère le président Zeroual avant de finaliser sa biographie, dont la parution interviendra à l’automne 2014.

    Ali Mebroukine : professeur d’université et ancien compagnon de route de Liamine Zeroual

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    رد: Comment devient-on chef d'état en Algérie

    مُساهمة من طرف Admin في السبت يوليو 20, 2013 11:39 am

    Abdelaziz Bouteflika : le mandat de trop


    En guise d’épilogue de notre série consacrée à l’accession au pouvoir de sept chefs d’Etat qui ont dirigé l’Algérie, nous finissons avec Bouteflika en retraçant son parcours depuis qu’il était ministre de la Jeunesse sous Ben Bella jusqu’à son arrivée au palais d’El Mouradia. Nous ne saurions boucler ce «feuilleton présidentiel» sans en tirer les conclusions qui s’imposent. Les Algériens sont en droit d’aspirer à des présidentielles honnêtes en priant pour que nos dirigeants guérissent enfin de la «maladie du pouvoir».


    Quand, au soir du 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika apprend les premiers résultats de l’élection qui le donnent vainqueur, il se fait violence pour contenir son émotion. Ce moment, il l’attendait depuis 20 ans. Aussi, cette victoire électorale devait-il la vivre un peu comme une revanche. Une revanche sur le sort mais, surtout, une revanche sur tous ceux qui lui avaient barré la route en 1979 et l’avaient empêché de succéder à Boumediène. Dans son esprit, le pouvoir était taillé pour lui. Et le burnous de Boumediène devait lui échoir comme on hériterait de la toge de Jules César.
    Alors, naturellement, ce 15 avril 1999 sonnait pour lui comme une réparation divine : le président «putatif» qu’il avait toujours été s’emparait officiellement de son destin. En accédant enfin à la magistrature suprême, le successeur de Zeroual venait de mettre un terme à sa longue «traversée du désert», lui qui était tombé en disgrâce depuis que le 4e congrès du FLN l’avait évincé de la course au pouvoir.


    «Boumediène m’a désigné comme successeur»


    Avec le retour de Bouteflika aux affaires, la boucle est bouclée. Le clan d’Oujda reprenait le pouvoir d’une main de fer – si tant est qu’il l’ait jamais perdu. Le parcours de l’homme atteste bien qu’il est un pur produit du clan. C’est gravé dans son «ADN politique». Né à Oujda le 2 mars 1937 dans une famille originaire de Nedroma, Bouteflika n’a pas eu à aller très loin pour choisir son camp.
    Il avait tout de suite trouvé en Boumediène un mentor et un protecteur. Durant la guerre de Libération, Bouteflika est secrétaire particulier du commandant Boukharouba au PC de la Wilaya V (basée à Oujda). Et il suivra l’épigone de Boussouf quand il prend la tête de l’état-major général. S’il n’a pas eu à livrer de grandes batailles sur le terrain militaire, le capitaine Bouteflika va néanmoins exécuter une mission autrement plus décisive, et c’est d’ailleurs cet épisode qui fera le plus parler de lui dans les livres d’histoire pour la période 1954-1962.
    Il est chargé par le chef de l’EMG de parlementer avec les détenus du château d’Aulnoy (voir nos articles sur Ben Bella et Boudiaf), et c’est là qu’il est adoubé par Ben Bella. A l’indépendance, Bouteflika reste plus que jamais fidèle au clan d’Oujda. Député de Tlemcen à l’Assemblée constituante, Ben Bella lui renvoie l’ascenseur en le nommant, à 25 ans, ministre de la Jeunesse et du Tourisme.

    Le 11 avril 1963, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Khemisti, est assassiné devant l’Assemblée nationale par un «fou», selon la thèse officielle, un détraqué mental qui, soit dit en passant, va se «suicider» dans sa cellule. Et Bouteflika d’hériter de son portefeuille. Il réussit à garder son poste contre vents et marées quinze ans durant, soit, jusqu’à la mort de Boumediène. Un record. Pourtant, Ben Bella avait fini par le congédier à un mois de la tenue de la Conférence afro-asiatique prévue fin juin 1965. Eminence grise de la clique des «conjurés» ligués contre Ben Bella, Bouteflika se venge de fort belle manière en incitant Boumediène à renverser son ancien allié. Suivront treize années fastes où il sera l’un des rares membres du Conseil de la Révolution à ne jamais être inquiété. Boumediène lui passe toutes ses foucades.

    A la mort de Houari Boumediène en 1978, c’est lui qui se charge de lire l’oraison funèbre. Lunettes noires masquant des yeux humides, la voix émaillée de trémolos, il avait sans doute marqué des points lors des funérailles du raïs. D’aucuns, en voyant ces images, pensaient naïvement que la succession avait été réglée en sa faveur. Kasdi Merbah, chef de la Sécurité militaire à l’époque, était, lui, d’un autre avis. Il usera de toute sa force et sa ruse pour imposer le nom de Chadli Bendjedid aux membres de la commission des candidatures du 4e congrès du FLN.

    Il avait été, préalablement, coopté entre chefs militaires lors d’une réunion secrète qui s’est tenue à l’Enita, fief de Larbi Belkheir. Vingt ans plus tard, Bouteflika ne digérait toujours pas le fait que la succession lui ait échappé en 1979 : «J’aurais pu prétendre au pouvoir à la mort de Boumediène, mais la réalité est qu’il y a eu un coup d’Etat à blanc et l’armée a imposé un candidat», se plaindra-t-il à Jean-Pierre Elkabbach sur Europe1 peu après son investiture (1). Bouteflika va même jusqu’à dire à Nezzar : «Boumediène m’a désigné comme son successeur par une lettre-testament qu’il a laissée avant sa mort. Cette lettre se trouvait à un moment donné aux mains d’Abdelmadjid Allahoum. Qu’est devenue cette lettre? Je voudrais bien le savoir, car je l’ai vue cette lettre»(2).

    Quand Chadli Bendjedid prend ses fonctions, Bouteflika est nommé ministre d’Etat sans portefeuille. «Un statut indigne de mon rang», fulmine-t-il in petto. S’ensuit l’épisode de la Cour des comptes qui l’épingle pour comptabilité frauduleuse (arrêt du 8 août 1983). Exclu du FLN, mis au ban du pouvoir, Bouteflika erre comme une âme en peine et nomadise entre plusieurs capitales : Paris, Genève, Damas, Abu Dhabi…En 1987, il rentre au pays presque incognito. Au lendemain des événements d’Octobre 1988, son nom remonte à la surface. Il figure parmi les signataires de «l’Appel des 18» pour la réforme du système. Le FLN tient son 6e Congrès en novembre 1989 et Bouteflika est élu membre du Comité central du parti. Après, il y a «l’épisode 94». Le mandat du HCE arrive à son terme. Les «décideurs» cherchent un timonier pour gérer la période de transition. Ils proposent à Bouteflika de succéder à Ali Kafi. Après avoir donné son accord, Bouteflika se rétracte et laisse passer sa chance de revenir sur le devant de la scène en grande pompe.


    «Le moins mauvais des candidats»


    Bouteflika disparaît à nouveau des radars pour quatre autres années. Septembre 1998. Malade, exaspéré par les luttes de sérail entre son ministre-conseiller Mohamed Betchine et le chef d’état-major de l’ANP, Mohamed Lamari, Liamine Zeroual décide de démissionner et annonce la tenue de la présidentielle anticipée dans un délai de six mois. Selon Mohamed Sifaoui, il a été, à un moment donné, question de coopter le jeune Ahmed Ouyahia qui avait surtout les faveurs du général Lamari, pour succéder à Zeroual (3).

    Option vite abandonnée après un veto musclé de Betchine. Finalement, le choix des «décideurs» va se porter sur ce même Bouteflika qui les avait lâchés quatre ans auparavant. Il est établi que c’est le général à la retraite Larbi Belkheir, surnommé «le cardinal de Frenda» ou encore «le parrain» qui va «vendre» la candidature de Bouteflika aux chefs militaires (lire : Le Lobbying décisif de Larbi Belkheir). Il faut croire que les «talents diplomatiques» de l’ancien MAE de Boumediène ont été déterminants dans ce choix. L’image de l’Algérie était au plus mal et les généraux dits «janviéristes» avaient besoin de ses réseaux à l’international pour se refaire une virginité. Quand la candidature de Bouteflika est officialisée au sein du «premier cercle», Nezzar n’en croit pas ses oreilles. Référence à la claque de 1994 reçue par les militaires. C’est là qu’il traite Bouteflika de «vieux canasson», avant de lui apporter sa caution et son onction. Dans son livre, Le Sultanat de Bouteflika, il explique ce revirement au bénéfice du «moins mauvais des candidats»  : «Au plan des capacités personnelles (il a présidé l’Assemblée générale de l’ONU), de l’expérience (il a été aux affaires pendant vingt ans), de la distanciation par rapport à ce qui a été perpétré dans le pays depuis 1980 et de l’absence chez lui d’une “tare” partisane réductrice, Bouteflika était assurément “le moins mauvais” des candidats. “Le moins mauvais”, exprimé, même par ceux qui l’ont grandement aidé, signifie : “Nous connaissons les pages pas très nettes de son passé, mais nous n’avions pas le choix et nous restons attentifs»(4).


    Un mandat «à blanc»


    Le «candidat du consensus» se retrouve face à six adversaires politiques et non des moindres : Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef Khatib, Mokdad Sifi et Abdallah Djaballah. La veille du premier tour, les six candidats précités se retirent en bloc pour protester contre les prémices de fraude qui entachaient déjà le scrutin. Ils contestaient notamment le vote des bureaux itinérants et des bureaux spéciaux réservés aux corps constitués.

    L’élection est maintenue dans l’embarras général. Le jour J, Bouteflika donnera des sueurs froides à ses parrains. Cloîtré à la Villa Aziza, siège de la fondation Boudiaf, à Poirson, il aurait sorti le chef du DRS de ses gonds lorsqu’il brandit la menace de se retirer à son tour. Motif  ? «Les décideurs, venait-il d’apprendre, n’allaient le créditer que de 53% des voix», écrit Mohamed Benchicou qui rapporte cette ruade (5). «Pas question que j’accepte un chiffre inférieur à celui de Zeroual !», se serait-il écrié. Le lendemain, le score tombait : Bouteflika est élu à 73,79% des suffrages exprimés. Le laboratoire électoral du DRS a fait du bon boulot…

    Le 8 avril 2004, Bouteflika est réélu par 84,99% de voix contre 6,42% pour son principal challenger, Ali Benflis. Mohamed Lamari, qui était contre sa reconduction, quitte ses fonctions quelques mois plus tard. A peine ayant validé, par voie référendaire, sa charte pour la paix et la réconciliation nationale (29 septembre 2005), Bouteflika est évacué au Val-de-Grâce, officiellement pour un ulcère hémorragique. Depuis ce 26 novembre 2005, ce n’est plus le même homme. Malgré la maladie, son appétence pour le pouvoir n’a pas diminué. Le 12 novembre 2008, il fait amender la Constitution de 1996 en supprimant la clause limitant le nombre de mandats présidentiels à deux. Désormais, il peut postuler pour une présidence à vie. Le 9 avril 2009, Bouteflika est réélu pour un troisième mandat avec 90,24% des voix. Considérablement affaibli, il n’est plus que l’ombre de celui qui enchaînait interviews, visites de terrain et voyages à l’étranger lors de son premier mandat. Le 27 avril 2013, le président de la République est victime d’un accident ischémique transitoire, présenté d’abord comme étant sans gravité, avant de révéler un AVC plus compliqué que ce qui était annoncé. Après 82 jours passés entre le Val-de-Grâce et les Invalides, Bouteflika est rentré au pays le 16 juillet. Le président était sur une chaise roulante. L’image résume à elle seule toute la peine qu’aura éprouvée le chef de l’Etat pour honorer son troisième quinquennat qui vire, décidément, au mandat «à blanc». C’était, assurément, le mandat de trop.



    -(1) Voir : Mohamed Benchicou. Bouteflika, une imposture algérienne, éditions Le Matin, 2003, P121.
    -(2) Cité par Benchicou, P133.
    -(3) Mohamed Sifaoui. Bouteflika, ses parrains et ses larbins. Editions Encre d’Orient. 2011. P99.
    -(4) Khaled Nezzar. Algérie, le Sultanat de Bouteflika. Edition Transbordeurs. 2003. P29.
    -(5) Mohamed Benchicou, op.cit. p15.


    Dates-clés :

    - 2 mars 1937. Naissance à Oujda. Son père, Ahmed Bouteflika, est originaire de Nedroma (wilaya de Tlemcen).
    - 1957-1958. Après une formation militaire à l’Ecole des cadres de l’ALN, Bouteflika est contrôleur général
    de la Wilaya V.
    - 1960. A la création de l’état-major général confié à Boumediène, Bouteflika est affecté au PC de l’EMG. Il est ensuite envoyé au «Front du Mali», d’où son nom de guerre, Abdelkader El Mali.
    - Décembre 1961. Bouteflika se rend en France avec des papiers marocains et négocie au nom de Boumediène une alliance avec Ben Bella pour affaiblir le GPRA.
    - 27 septembre 1962. Député de Tlemcen à l’Assemblée constituante, Bouteflika est nommé, à 25 ans, ministre de la Jeunesse et du Tourisme dans le premier gouvernement de Ben Bella. En 1963, il hérite du portefeuille des AE après l’assassinat de Mohamed Khemisti.
    - 19 juin 1965. Limogé un mois avant le putsch, il joue un rôle déterminant dans le renversement du président Ben Bella.
    - 27 décembre 1978. A la mort du président Boumediène, c’est lui qui lit l’oraison funèbre, faisant penser qu’il est le successeur tout désigné de Boumediène. L’armée lui préfèrera un des siens, le colonel Chadli Bendjedid. Bouteflika tombe en disgrâce. Il est exclu du FLN en 1981.
    - 8 août 1983. Un arrêt de la Cour des comptes l’épingle pour comptabilité frauduleuse alors qu’il était ministre des AE.
    - 1987. Après six ans d’exil, Bouteflika rentre au pays. Suite aux événements d’Octobre 1988, il signe la «Motion des 18» qui appelle à la réforme du système. En 1989, il est élu membre du Comité central lors du 6e congrès du FLN.
    - Janvier 1994. Approché par la hiérarchie militaire pour succéder au HCE, Abdelaziz Bouteflika accepte de prendre les rênes de l’Etat avant de se rétracter à la dernière minute.
    - Décembre 1998. Après l’annonce du président Zeroual d’écourter son mandat, Bouteflika est sollicité pour se présenter à l’élection présidentielle anticipée d’avril 1999. Larbi Belkheir jouera un rôle décisif dans sa cooptation.
    - 15 avril 1999. Bouteflika est élu président de la République avec près de 74% des voix. La veille du premier tour, les six autres candidats en lice se retirent du scrutin pour protester contre les prémices d’une fraude massive.
    - 8 avril 2004. Bouteflika est réélu pour un second mandat avec 84,99% des voix.
    - 26 novembre 2005. Bouteflika est évacué au Val-de-Grâce pour «ulcère hémorragique». Sa convalescence prendra plusieurs mois.
    - 09 avril 2009. Bouteflika est réélu pour un troisième mandat avec 90,24% des voix après avoir levé les restrictions de la Constitution de 1996 qui limitait les mandats présidentiels à deux.
    - 27 avril 2013. Victime d’un AVC, le président de la République est transféré au Val-de-Grâce. Après une période de rééducation fonctionnelle aux Invalides, il regagne le pays au terme de 82 jours d’absence.

    Mustapha Benfodil

      الوقت/التاريخ الآن هو الأربعاء نوفمبر 22, 2017 1:02 pm